Thierry Geerts, directeur de Google, plaide en faveur du « possibilisme »

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Thierry Geerts, directeur de Google, plaide en faveur du « possibilisme »

Avec son livre « Digitalis. Comment réinventer le monde », Thierry Geerts, Directeur de Google pour la Belgique et le Luxembourg, réagit au pessimisme de notre époque. 

Durant trois semaines successives, nous proposons un long entretien avec Thierry Geerts. 

 

Votre livre Digitalis est un chaleureux plaidoyer pour faire de la Belgique une locomotive de la digitalisation et de l’intelligence artificielle (IA). 

« Je trouve incompréhensible que dans notre pays, on ne crée pas un grand projet rassembleur. Nous avons des entreprises et des centres de connaissances puissants ainsi que d’excellents soins de santé. Nous sommes un pays riche avec beaucoup d’argent sur les comptes d’épargne. Mais alors, qu’est-ce qui nous retient ? C’est la loi de l’avance modératrice. Lorsque vous avez eu beaucoup de succès par le passé, il est difficile de faire bouger la société pour une modernisation approfondie. En Chine, c’est différent. Ce pays a pour ainsi dire manqué les révolutions industrielles précédentes. Ils ont décidé de ne pas suivre d’abord les révolutions industrielles précédentes, mais de miser totalement sur la révolution digitale. »

Les entreprises néerlandaises sont également plus fortes dans l’économie digitale que les entreprises belges. Pourquoi ?

« Les entreprises belges sont souvent des fabricants : nous raffinons du pétrole, fabriquons des voitures, des médicaments et des diamants. Les Néerlandais sont de plus grands commerçants. Lorsque l’Internet a entamé son ascension dès 1996, c’était surtout un phénomène commercial et les Néerlandais sont directement montés dans le train. Ils ont vu une opportunité de proposer de l’électronique (Coolblue) et des voyages (Booking.com), par exemple, d’une nouvelle manière et en outre dans le monde entier dans le cas de Booking.com. La Belgique attend toujours la transformation d’une économie de production en une économie de commerce électronique. Les entreprises sont ambitieuses, mais elles abordent les choses prudemment, étape par étape. »

De quoi avons-nous besoin pour accélérer ce processus ?

« L’ambition de jouer un rôle dans la prochaine révolution industrielle, celle de l’Intelligence artificielle (IA), doit non seulement être présente dans les entreprises, dans l’enseignement, chez les citoyens, mais surtout aussi dans le paysage politique. Aujourd’hui, la politique belge manque d’ambition et de vision à long terme. Lorsque le président John F. Kennedy a annoncé en 1962 que l’Amérique voyagerait vers la lune avant la fin de la décennie, il ne savait pas précisément comment ils allaient faire. Il n’y avait aucun plan concret. Aujourd’hui, les politiciens belges n’osent pas formuler de moonshot. Je voudrais leur conseiller de viser à faire de la Belgique la capitale de l’intelligence artificielle, le pays que j’appelle Digitalis dans mon livre. » 

Vous écrivez que dans le passé, nous osions être ambitieux et visionnaires, en faisant référence à Flanders Technology International (FTI), le salon technologique qui a fait prendre conscience à la Flandre, à partir de 1988, de la troisième révolution industrielle.

« C'était également au niveau international l’une des meilleures initiatives pour transformer une société industrielle en une société informatique. C’est parti du constat que les Japonais pouvaient soudainement fabriquer des voitures meilleur marché et plus fiables que nous. L’ambition était expressément internationale. Le message a touché le grand public et à été porté par le politicien Gaston Geens ainsi que par de grandes entreprises. » 

Thierry Geerts

Belgique doivent devenir la capital de Digitalis.

Les politiciens belges n’osent pas formuler de moonshot

Mais pour notre pays, la révolution digitale semble encore une lointaine réalité, estime Thierry Geerts : « Aujourd’hui, la politique belge manque d’ambition et de vision à long terme. Lorsque le président John F. Kennedy a annoncé en 1962 que l’Amérique voyagerait vers la lune avant la fin de la décennie, il ne savait pas précisément comment ils allaient faire. Il n’y avait aucun plan concret. »

« Aujourd’hui, les politiciens belges n’osent pas formuler de moonshot. Je voudrais leur conseiller de viser à faire de la Belgique la capitale de l’intelligence artificielle, le pays que j’appelle Digitalis dans mon livre. Il est non seulement essentiel d’offrir la prospérité aux gens, mais aussi de leur proposer des solutions possibles. Avec un projet rassembleur autour de l’IA, vous pouvez proposer des solutions pour la mobilité, le vieillissement de la population et le climat. »

Durant trois semaines successives, nous proposons un long entretien avec Thierry Geerts. 

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