Jack Horvest
Senior specialist investment

Powell ne doit absolument pas quitter la présidence de la Fed

Blog
27 août 2019
Dans une nouvelle tirade de tweets, Trump dirige à tort ses critiques contre la banque centrale américaine.

Temps de lecture estimé : 4’

En bref : 

  • Le message de Powell répond aux attentes
  • L’indicateur de climat économique européen (indice ESI) donne un signal important
  • Les pays émergents se dirigent vers une évolution dangereuse des taux

La petite fête des banquiers centraux organisée à Jackson Hole vendredi dernier a été totalement éclipsée par une escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Le président Trump a annoncé une hausse des tarifs douaniers sur les biens chinois. Cela a engendré dès le début une sérieuse désillusion pour les banquiers centraux et les marchés financiers. Dommage, car le message transmis par Jerome Powell, président de la banque centrale américaine (FED), durant son discours était plutôt apaisant.

Powell ouvrait grand la porte à une nouvelle baisse du taux de 0,25 % en septembre. Le président de la banque centrale a reconnu que les risques baissiers pour l'économie américaine et mondiale ont augmenté au cours des semaines écoulées, notamment en raison de la guerre commerciale persistante. Cette « reconnaissance » a rassuré les investisseurs.

Selon Powell, la Fed reste attentive et interviendra par une stimulation monétaire en cas de nouvel affaiblissement de la croissance économique. Dans des circonstances normales, les marchés financiers auraient pris le récit de Powell pour argent comptant, mais pas cette fois en raison des dangers commerciaux. 

 

Nouvelles offensives dans la guerre commerciale

Vendredi, la Chine a délibérément lancé de nouvelles sanctions commerciales contre les produits américains, avec une contrevaleur de $ 75 milliards. Elle l’a fait en réaction aux augmentations des tarifs douaniers appliquées début août par les États-Unis. Dans la tempête de tweets de la Maison Blanche qui a suivi, Trump a relevé divers tarifs. Par exemple, les $ 250 milliards d’importations de biens chinois, actuellement soumises à des tarifs douaniers de 25 %, seront imposées à 30 % à partir du 1er octobre. Tout compte fait, les hausses tarifaires ne sont pas très importantes. Elles ne représentent que $ 30 milliards de taxes supplémentaires pour le consommateur américain, soit à peine plus de 0,1 % du PNB des États-Unis.

Ce qui est plus préjudiciable, c’est la rapidité et la violence des réactions des deux parties et le fait qu’aucune solution ne soit en vue, loin de là. La remarque de Trump selon laquelle les entreprises américaines doivent plutôt chercher leur profit en dehors de la Chine suscite davantage d’insécurité. Il a menacé de ressortir une ancienne législation pour imposer son point de vue. Quelles sont les étapes suivantes des États-Unis, mais aussi de la Chine, pour ces entreprises américaines ? Les déclarations dans lesquelles la Chine est traitée d’« ennemi » offensent également les Chinois et exacerbent leur opposition et leur rhétorique.

Et en parlant d’ennemi : Powell a été la tête de Turc dans la tirade de tweets de Trump, dans lesquels il considérait le patron de la Fed comme un ennemi. Trump souhaiterait une politique beaucoup plus agressive en matière de taux avec de nouvelles baisses des taux, ainsi qu’un départ de Powell.

Pour nous, Jerome Powell ne doit pas quitter la Fed. Nous estimons que la banque centrale américaine agit suffisamment et nous attendons encore une deuxième baisse de taux cette année.

 

L'agenda macro-économique

Pas de grandes attentes de la zone euro

Nous devons de plus en plus examiner les chiffres macro-économiques dans le contexte de la faible croissance économique persistante. Les dépenses des consommateurs sont le pilier sur lequel repose actuellement l’économie mondiale. Nous devons encore regarder davantage les antennes de l’économie mondiale et dans ce cadre, les chiffres en matière de confiance sont importants. Il y en aura toute une série la semaine prochaine, en provenance de diverses régions.

Pour la zone euro, les attentes ne sont pas très élevées. Lundi matin, l’indice IFO évalue la tranquillité (ou l’inquiétude) d’esprit des entrepreneurs allemands pour le mois d’août. Dans l’industrie, le climat est exécrable, mais ce n’est pas neuf. Cependant, l’indice IFO donne également des indications sur le commerce de détail allemand et le secteur des services qui sont davantage axés sur le pays – c.-à-d. le consommateur.

Mercredi, il s’agit de la confiance des consommateurs italiens ; nous regarderons comment se comporte le citoyen face aux troubles politiques du pays.

Jeudi, nous prêterons attention à l’indice ESI, l’indicateur de climat économique européen. Maintenant que la confiance des consommateurs est mise sous pression en août, nous sommes curieux de savoir comment le secteur des services et le commerce de détail se maintiendront dans les pays de la zone euro. Une trop forte dégradation du climat économique ainsi que l’augmentation des soucis qui en découle pour la croissance économique seraient néfastes aux marchés d’actions (européens). Oui, la BCE peut stimuler et les pouvoirs publics le feront peut-être aussi.  Ce dernier groupe doit maintenant faire avancer les choses avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

 

Joe Sixpack se porte à merveille

Pour les États-Unis, la semaine a été relativement calme en matière de chiffres macro-économiques. Il n’y a pas beaucoup de chiffres publiés. Nous ne prévoyons guère de nuages dans le ciel économique des États-Unis. L’activité industrielle souffre certes du recul de la croissance économique mondiale, mais ce n’est pas effrayant pour l'instant. D’après les chiffres du secteur du détail, le consommateur américain se porte très bien. Joe Sixpack continue à dépenser. Nous sommes attentifs aux demandes initiales relatives à une allocation de chômage aux États-Unis, mais nous ne prévoyons pas de forte progression inattendue. Un chômage en hausse pourrait nuire aux dépenses des consommateurs.
 
Mardi, nous recevrons une indication de l’évolution des investissements de capitaux américains, qui laissent entrevoir une croissance toujours plus faible. 
 

Le Japon doit faire face au cours élevé du yen

Nous nous tournons vers le Japon et jetons un regard en coin vers les pays asiatiques émergents. Tout comme l’économie européenne, l’économie japonaise souffre davantage de l’effritement permanent du commerce mondial. Le rapport Tankan évalue le sentiment des grands fabricants japonais et a révélé une évolution nettement négative inattendue pour le mois d’août. Cette semaine, il convient de regarder si le consommateur japonais maintient le cap et continue à dépenser.

Pour la période à venir, nous prévoyons une poursuite des difficultés de l’économie japonaise et un ralentissement de la croissance économique. En outre, le pays doit faire face à un yen de plus en plus cher par rapport au dollar et aux autres territoires d’exportation (Asie émergente). En raison des baisses des taux et de la sortie de capitaux dans les pays asiatiques émergents, les investisseurs fuient vers le yen japonais et/ou remboursent leurs crédits. La demande relative au yen entraîne une fluctuation indésirable de la devise pour le Japon. La banque centrale japonaise (Bank of Japan) a du pain sur la planche si elle veut stimuler l’économie, éventuellement avec une politique monétaire encore plus extrême.

Les pays émergents suivent le mouvement 

La situation économique moins florissante au Japon est notamment la conséquence des prestations plus faibles des pays émergents d’Asie. La querelle commerciale entre le Japon et la Corée du Sud, pays voisin, attire moins l’attention du monde occidental, mais est assurément importante sur le plan économique au vu de l’ampleur et du rôle des deux pays dans l’économie mondiale. Cette semaine, nous recevons divers chiffres sur les performances extrêmement modestes de l’économie sud-coréenne et une décision en matière de taux est encore à l’ordre du jour.

Nous constatons que dans toute l’Asie, les banques centrales accélèrent le mouvement vers une politique monétaire plus vaste avec des baisses de taux plus rapides. C’est une évolution monétaire dangereuse, surtout pour les pays dont les finances et/ou la structure économique sont déjà plus faibles (un déficit sur la balance commerciale ou la balance des paiements). Une persistance de la croissance économique mondiale défavorable peut rapidement affecter la confiance dans une monnaie, engendrant ainsi une chute des cours. Pour défendre la monnaie par la suite, le taux doit être augmenté, ce qui entraînera l'économie dans une impasse.

Étant donné que de nombreuses entreprises et autorités de pays émergents ont emprunté à bon compte en dollars américains au cours des dernières années, on joue maintenant avec le feu. Une monnaie plus faible entraîne une augmentation du coût des intérêts et de l’amortissement des emprunts. Cela nous rend encore plus prudents à l’égard des actions des pays émergents. La (menace de) sortie de capitaux due à une augmentation des soucis économiques et financiers est un point d’attention sérieux.   

 

Principales publications macroéconomiques 

Du 26 août au 30 août

Jour de publication

Région/Pays

Publication de

Période

Consensus

Lundi

Allemagne Indicateur IFO Août  95,2
  États-Unis Commandes de biens durables MoM Juillet  1,0%
Mardi France Confiance des entreprises et des consommateurs Août
 101/101
  États-Unis Confiance des consommateurs CB Août
 130
Mercredi Zone euro Croissance du crédit YoY Juillet  3,3%

Italie Confiance des consommateurs 
Août  109,6
Jeudi Japon Confiance des consommateurs 
Août
 37,8
  Allemagne Taux de chômage  Juillet  3,1%
  Zone euro Indice ESI (indicateur de climat économique) Août
 102,1
  États-Unis Demandes de chômage initiales hebdomadaires    215
Vendredi Japon Ventes du commerce de détail YoY Juillet  -0,8%
  Allemagne Ventes du commerce de détail YoY Juillet  -1,6%
  Zone euro Chiffre de l'inflation sous-jacente IPC provisoire YoY Août
 1,0%
  États-Unis Revenu personnel MoM Juillet  0,3%
     Dépenses personnelles MoM Juillet  0,5%
Jack Horvest
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