De l'huile sur le feu pour les bourses?

Luc Aben
Économiste en chef
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De l'huile sur le feu pour les bourses?

actualité
15 juin 2022

Résumé

Le dynamisme économique ralentit, mais nous ne pensons pas à l’heure qu’il est que cela mène à une grave récession. Les marchés financiers se sont adaptés à cette nouvelle situation.

Dans le cadre de notre politique d'investissement, nous avons systématiquement réduit les risques au cours des derniers mois.  Nous ne réduisons pas davantage le risque et n’achetons rien. Entretemps, l'évaluation des marchés tient compte des incertitudes accrues. La situation géopolitique est, par exemple, trop confuse pour acheter en ce moment.
Bien entendu, nous évaluons constamment si des ajustements sont nécessaires. Tant sur l'offensive que sur la défensive.

Les temps sont durs pour les investisseurs

Les marchés financiers ont connu des jours difficiles. Les actions européennes ont chuté de 6 % depuis le début du mois. Les actions américaines ont même chuté de 13%.
Sur les marchés obligataires, le taux d'intérêt allemand à dix ans a bondi à 1,7 %. À la fin de l'année 2021, ce taux d'intérêt était toujours de -0,20 %. En Europe du Sud, notamment en Italie, la hausse des taux d'intérêt a été encore plus marquée. La différence avec le taux d'intérêt à long terme allemand est désormais de 2,5 %, contre 1,5 % au 1er janvier.

Qu’est-ce qui explique ces mouvements marqués ?

Comme on le sait, l'inflation et la croissance économique suscitent l'inquiétude depuis un certain temps. Dans ce contexte, une réunion politique de la Banque Centrale Européenne (BCE) et les nouveaux chiffres de l’inflation américaine ont mis le feu aux poudres.
Plus précisément, la BCE a délivré un message plus dur que prévu. Elle souhaite relever le taux directeur à partir de juillet. Dans un premier temps avec 25 points de base, puis en septembre avec 50 points de base. 

L'importance de cette dernière étape surprend les investisseurs. Ils se rendent compte que la BCE est en train de passer de l'idée de "soutenir l'économie par des taux d'intérêt bas" à celle de "combattre l'inflation par des taux d'intérêt plus élevés".

Aux États-Unis, on assiste également à une hausse des craintes par rapport à l’inflation et aux taux d’intérêt. Aux États-Unis, il nous vient une augmentation similaire des craintes d'inflation et de taux d'intérêt. Si l'on pouvait espérer que l'inflation américaine soit arrivée à son pic, les chiffres du mois de mai ont déçu cette attente. Par rapport au mois précédent, le niveau général des prix a augmenté de 1 %.

Il est vrai que la Federal Reserve avait déjà indiqué qu'elle continuerait à augmenter fortement les taux d'intérêt dans les mois à venir. Mais peut-être qu’il faudra le faire encore plus vite et plus fort que ce que les marchés avaient prévu.

Comment tenons-nous compte de ces incertitudes dans notre politique d'investissement ?

Ces derniers mois, nous avons systématiquement réduit les risques dans les portefeuilles diversifiés. Voici comment :

  • en vendant partiellement des actions (européennes),
  • en prenant des bénéfices sur les obligations d'entreprises à haut rendement, mais plus à risque,
  • en prenant également des bénéfices sur les obligations d'entreprises de qualité,
  • en investissant moins que d’habitude dans des obligations et en maintenant la sensibilité aux taux d’intérêt à un niveau plutôt bas (environ 4,5 ans de durée moyenne)
  • en n'effectuant aucun achat supplémentaire, malgré la chute du cours des actions,

Ce dernier point est pourtant apprécié des investisseurs ("buy the dip"). Mais selon nous, les incertitudes sont encore trop grandes pour renforcer notre position en action. Même aux prix inférieurs actuels.

D'autres ajustements de la politique d'investissement s’imposent-ils ?

Pour l'instant, nous maintenons notre politique inchangée.

Il ne serait imprudent d'ignorer les incertitudes accrues. L'inflation élevée et la situation géopolitique pèsent sur l'économie. Résultat : un ajustement à la baisse des prévisions de croissance sur un large front.

Dans le même temps, ces attentes restent positives. Une économie temporairement moins prospère n'est pas forcément en récession. Nous ne parlons pas du tout d'une récession profonde et systémique comme celle que nous avons connue avec la crise bancaire et la crise de l'euro. Et même dans le cas d’une éventuelle récession, nous pensons qu'elle sera temporaire et qu'elle ne sera pas structurellement perturbatrice.

Les entreprises et les ménages ont par exemple des bilans financiers sains. Ce qui est en soi déjà un soutien à l'économie. De plus, les effets positifs de la réouverture de l'économie continuent à avoir un impact. Pensez, par exemple, au retour des touristes en Europe du Sud.
Si l'on se concentre sur le marché des actions, l'évaluation des actions prend déjà en compte, dans une large mesure, les risques évoqués. Par exemple, le rapport cours/bénéfice des actions européennes est déjà inférieur à la moyenne à long terme.

Luc Aben
Économiste en chef
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