Comment évolue le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis?

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Comment évolue le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis?

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13 mai 2019
Luc Aben, Economiste en Chef auprès de Van Lanschot constate un durcissement des hostilités.

4,3 min

En outre:

  • Attentes frileuses par rapport à la production industrielle dans la zone euro
  • Effet des mesures visant à stimuler l'économie chinoise reste à confirmer   
  • Incertitude commerciale plane actuellement sur les marchés   

Un cargo met environ 21 jours pour se rendre de Shanghai à Los Angeles. Un détail qui, ces jours-ci, revêt toute son importance. Car la hausse des taxes sur les produits chinois édictée par Trump vaut uniquement sur les marchandises ayant quitté la Chine à partir de vendredi dernier. Tout ce qui était déjà en route reste exonéré. Ce qui signifie concrètement que les Américains et les Chinois ont encore deux à quatre semaines pour conclure malgré tout un accord commercial. Ou peut-être même plus. On chuchote à présent que Xi Jinping et Trump pourraient se rencontrer en marge du G20, fin juin, pour en discuter.
Difficile de prédire si cette rencontre aura bien lieu et si elle permettra de débloquer la situation. D'un point de vue rationnel, on peut le penser. Mais Trump commence peu à peu à s’échauffer en vue des élections de 2020. Peut-être juge-t-il préférable, politiquement et en termes de communication, d'afficher un profil dur. Même si cela signifie un « no deal ». De plus, comme nous l'avons indiqué à maintes reprises, il ne s’agit pas seulement de commerce. Il s’agit de géostratégie au sens large. En tant que grande puissance émergente, la Chine revendique sa place sur la scène mondiale. Pour qu’elle puisse prendre cette place, il faut que d’autres s’écartent. Et bien évidemment, les États-Unis n’y sont guère disposés. Quoi qu'il en soit, un accord final reste possible, mais il n’y a aucune certitude.

Un petit pour cent de dommages

Quel serait l'impact si les pourparlers devaient se solder par un échec ?  La déception des investisseurs serait un nouveau coup dur pour les actions. L'optimisme exprimé par les négociateurs jusqu’il y a une dizaine de jours s’était traduit par une hausse des cours boursiers. En cas d'échec, le mouvement inverse pourrait perdurer. Un avant-goût nous en a été donné ces derniers jours. Au final, ces turbulences financières pourraient aussi se répercuter sur l'économie réelle.
La Chine exporte vers les États-Unis 3,6% de son produit intérieur brut (PIB) total. C’est considérable, mais il y a un peu plus de dix ans, c’était environ le double. Selon les estimations, les taxes d'importation ont coûté jusqu’ici 0,4 point de pourcentage à l’économie chinoise. À cela s’ajouterait un effet du même ordre si, au bout du compte, toutes les exportations chinoises vers les États-Unis devaient être soumises à une taxe de 25%. Soit au total 0,8 point de pourcentage. Pour les États-Unis, ce chiffre oscillerait autour de 0,3 point de pourcentage.
 

Le commerce s’adapte

 Ces chiffres semblent « digestibles », mais ce n’est là qu'une estimation des effets directs. Et à cela s'ajoutent des effets indirects. Lesquels sont beaucoup plus difficiles à calculer. Qu’en est-il, par exemple, du pouvoir d'achat du consommateur américain ? En dépit de la rhétorique qui affirme le contraire, c’est bel et bien Joe Sixpack qui paiera la facture. Et le supplément de prix pour un achat en provenance de Chine, il ne pourra pas le dépenser une seconde fois pour un autre produit qu'il aurait normalement acheté.
D’un autre côté, l’économie est une chose dynamique. En d'autres termes, le commerce s'adapte. C’est ainsi que les exportations vers les États-Unis en provenance d'autres pays asiatiques ont augmenté ces derniers mois. Ce qui atténue l'impact mondial global du conflit sino-américain. Par ailleurs, les décideurs chinois n’hésiteront pas à soutenir au besoin leur économie avec des mesures supplémentaires.
L'expérience montre qu'ils osent, à cet égard, agir avec fermeté. Ce qui, à nouveau, est de nature à atténuer les conséquences au niveau mondial.  

L’attente d'une remontée des chiffres

Indépendamment des péripéties au niveau du commerce, il s’agit à présent d’observer si cette économie réelle, après le ralentissement des derniers mois, pourra enclencher la vitesse supérieure. Ce qui, également, ferait contrepoids aux difficultés commerciales. Mais pour l’heure, de nombreux indicateurs économiques semblent piétiner.
Avec la production industrielle et les ventes de détail pour le mois d’avril, nous recevrons dans les prochains jours des nouveaux chiffres importants en provenance de Chine. Dans la semaine écoulée, les chiffres des importations et des exportations chinoises ont été modérés. Nous attendons toujours la confirmation de l’effet positif sur la croissance des mesures de stimulation adoptées par le pays depuis la mi-2018.
Cela profiterait aussi à la zone euro. Et ici aussi, de nouveaux chiffres sur la production industrielle sont au programme. Nous n’en attendons pas grand-chose.
Même aux États-Unis, cette production semble connaître quelques difficultés (nouveaux chiffres mercredi). En témoigne la baisse récente de la confiance des chefs d’entreprise (ISM Manufacturing et Markit PMI Manufacturing). Aux États-Unis, tout comme dans la zone euro, c’est le consommateur qui doit, pour l’heure, assurer le maintien de la croissance. Après-demain, nous attendons les données relatives aux ventes de détail pour le mois d'avril. 


L'incertitude persiste

En conclusion, l'incertitude commerciale peut encore planer un certain temps au-dessus des marchés. Et cela vaut assurément pour le contexte plus large d'une puissance mondiale émergente qui tente de conquérir sa place. Ce qui sera régulièrement source de tensions.
Il est difficile de chiffrer l'impact économique des différents eléments cités. Mais on a du mal à imaginer qu’il puisse être positif. Plus la base de l'économie mondiale sera solide, plus il sera possible d’amortir cet impact. C’est pourquoi il est important que l'économie américaine reste sur de bons rails et que l’économie chinoise soit suffisamment soutenue pour résister au choc et donner ainsi un coup de pouce à l’économie européenne, tournée vers l’exportation.

 


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Du 13 au 17 mai

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Période

       Consensus            

Mardi

Zone euro

Production industrielle YoY

    Mar        -0,8%
           

Allemagne Indicateur ZEW     Mai         5,0         
 Mercredi Etats-Unis Ventes de détail MoM     Avr         0,3%
    Production industrielle MoM     Avr        0,1%
  Chine Production industrielle YoY    Avr         6,5%
    Ventes de détail YoY    Avr         8,6%
   Allemagne Croissance du PIB QoQ    1Q19         0,4%
   Zone euro Croissance du PIP QoQ (2e estimation)    1Q19         0,4%
 Vendredi Etats-Unis Confiance des consommateurs (U.Mich.)    Mai         97,5%