La hausse des taux trouble les marchés financiers

Luc Aben
Économiste en chef

La hausse des taux trouble les marchés financiers

Blog
10 mai 2022
La pression inflationniste et les tensions géopolitiques engendrent un sentiment volatil.

En bref :

  • Aux États-Unis, les chiffres du marché du travail sont solides et l'économie garde le cap.
  • En Europe, les ruptures d'approvisionnement et les coûts élevés de l'énergie mettent l’économie à mal.
  • En Chine, l'économie est restreinte par les lock-downs, mais les contaminations sont en baisse.

 

La semaine dernière, la Réserve fédérale (Fed) a agité les esprits sur les marchés financiers.
 
Dans un premier temps, les investisseurs ont réagi modérément, voire positivement, au relèvement du taux directeur et aux commentaires de la banque centrale, puis le sentiment s'est inversé durant les deux derniers jours de bourse. Sur l'ensemble de la semaine, toutefois, le MSCI USA a perdu à peine un demi pour cent. Les actions européennes ont été moins bien loties (MSCI Europe -4,4%). Le taux à dix ans américain s’est établi à plus de 3%, l’allemand à plus de 1%.
 

Inflation américaine

 
Le président de la Fed, M. Powell, a beau affirmer avec assurance que l'économie américaine peut supporter des taux d'intérêt plus élevés, les investisseurs prennent conscience que le taux directeur va solidement augmenter dans les mois à venir.
 
Par ailleurs, certains se demandent si la Fed en fait assez. Les marchés ont d'abord réagi avec soulagement en constatant que les banquiers centraux ne semblaient pas avoir l'intention de relever le taux par paliers de 75 points de base. Mais que se passera-t-il si la Fed continue de courir après l'inflation ? Et si à un moment donné, elle est contrainte d'accélérer le resserrement monétaire ? Peut-être une récession sera-t-elle alors inévitable. Quoi qu'il en soit, resserrer la politique monétaire sans causer trop de dommages à l'économie constituera un exercice d'équilibre délicat.
 
Le rapport sur le marché du travail pour le mois d'avril a en tout cas conforté M. Powell dans sa vision positive de l'économie américaine et son intention de poursuivre le relèvement du taux directeur.
 
428.000 nouveaux emplois ont été créés. Le salaire horaire moyen a augmenté de 0,3% par rapport au mois précédent. À première vue, cela suggère une certaine modération de la pression salariale, mais cela tient plutôt aux révisions à la hausse des salaires horaires en février et mars. Par rapport au chiffre d'il y a un an, l’augmentation est toujours de 5,5%.
 
Mercredi, nous attendons les chiffres de l'inflation aux États-Unis pour le mois de mai. Tant l'inflation globale que l'inflation sous-jacente resteront élevées. Mais dans le même temps, nous nous attendons à ce que l'accélération s’atténue peu à peu dans les chiffres en glissement mensuel. Ce qui pourrait apporter un peu de sérénité aux marchés.
 

Refroidissement européen

 
À l'agenda macro de cette semaine figure également la production industrielle de la zone euro pour le mois de mars. 
 
Alors que les États-Unis se préoccupent d’une surchauffe de l'économie, l'Europe est plus susceptible de subir un refroidissement. Le premier trimestre a encore été bon (+0,2% de croissance en glissement trimestriel), mais ce sont surtout les premières semaines de l'année qui ont sauvé les meubles. Le tableau pour mars est plus mitigé au vu des données entrantes. Nous savons maintenant que les ventes au détail ont baissé (-0,4% en glissement trimestriel). L'inflation affecte le revenu disponible tandis que la guerre pèse sur le sentiment.
 
En termes de production industrielle, les chiffres allemands sont décevants. Par rapport au mois précédent, la production a diminué de 3,9%. Un chiffre bien en-deçà des attentes, pourtant modérées.
 
Les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement constituent un contretemps persistant pour le secteur automobile. C'était déjà le cas suite aux lock-downs chinois. Et la guerre en Ukraine n’a fait qu’aggraver la situation. Des secteurs à forte consommation d’énergie, comme la chimie, sont confrontés à la montée en flèche des coûts énergétiques. 
Pour la production industrielle dans l’ensemble de la zone euro, le risque d'une mauvaise surprise est réel. Le consensus table sur une contraction de 1% par rapport au mois précédent.
 

Creux de la vague atteint en Chine

 
En Chine, on surveillera s’il y a, sur le plan du financement, des signaux indiquant que l'économie est soutenue. Plus précisément, nous attendons de nouveaux chiffres sur l’octroi de crédits, la croissance monétaire et le « financement social ». Ce dernier est un indicateur étendu qui détermine la dose d’oxygène financier administrée à l’économie.
Malgré des petits abaissements de taux par la banque centrale et la réduction des exigences imposées aux établissements financiers en matière de réserves, ce qui leur donne plus de marge de manœuvre pour l’octroi de crédits, ce soutien sous l’angle monétaire est resté limité jusqu'à présent. Il en va de même pour les initiatives d'ordre budgétaire. Ceci en dépit de la rhétorique selon laquelle il faudrait à nouveau investir davantage dans les infrastructures.
 
En conclusion, nous n’attendons pas trop, cette semaine, des chiffres susmentionnés. Contrairement aux crises précédentes, cette fois-ci, la Chine n'est pas la locomotive de l'économie mondiale. Elle serait plutôt un wagon qui se traîne à l'arrière et qui surtout doit s’efforcer, avec la politique du zéro Covid, de rester accroché. Songeons aux récents indices des directeurs d'achat. Que ce soit dans l'industrie ou dans le secteur des services, il s’en dégage un tableau déprimant. Le tableau qui ressort des chiffres des importations et des exportations pour le mois d'avril, que nous avons reçus ce matin, est tout aussi médiocre.
 
D’un autre côté, les contaminations au Covid semblent peu à peu évoluer dans le bon sens. Les villes confrontées à des foyers épidémiques représentent encore 22% du PIB de la Chine. Il y a un mois, ce chiffre était de 40%. Si cette tendance se poursuit, on pourrait tout doucement franchir le creux de la vague dans l'activité chinoise. Mais la situation reste délicate.

 

 Publications macroéconomiques importantes  Du 9 mai au 13 mai
 Jour de publication  Région  Publication de  Période  Consensus
 Mardi  Allemagne  Indice ZEW  Mai  -42
 Mercredi  États-Unis  Inflation CPI MoM  Avr  0,2%
     Inflation de base CPI MoM  Avr  0,1%
 Jeudi  Chine  Encours de crédits YoY  Avr  11,5%
     Croissance monétaire YoY (M2)  Avr  9,8%
     Total Social Financing  Avr  
 Vendredi  Zone euro  Production industrielle MoM  Mar  -1,0%
   États-Unis  Confiance des consommateurs (Mich.)  Mai  63,8
Luc Aben
Économiste en chef
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