Le président de la Fed Powell tient un discours équilibré

Le président de la Fed Powell tient un discours équilibré

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31 août 2021
La banque centrale américaine n'est pas pressée de procéder au tapering et au relèvement du taux.

Mais encore :

  • La Fed pourrait commencer à réduire ses achats d'obligations d'ici la fin de l'année
  • Les investisseurs sont aujourd'hui bien préparés au tapering
  • Le rapport sur le marché du travail américain est le point d'attention

 


Les investisseurs ont suivi avec intérêt, vendredi dernier, le discours de M. Powell, le président de la Fed, à Jackson Hole. En espérant y déceler des indices sur la politique monétaire, en particulier le « tapering » (réduction des programmes d'achats).

Powell a livré un discours équilibré. D'une part, un redressement plus rapide que prévu de l’économie et du marché du travail ; de l’autre, une reprise qui avance de manière inégale. Les secteurs de services restent pour l'instant à la traîne et certains groupes de population restent absents du marché du travail.
En ce qui concerne l'inflation, M. Powell a répété que selon son évaluation, la poussée de ces derniers mois était temporaire.
 
Si l'économie et le marché du travail continuent d'évoluer favorablement, le tapering pourrait, selon lui, commencer à la fin de cette année. Mais si le variant delta du virus reste problématique, cela pourrait être reporté. Il n'y a pas d'urgence pour le tapering et encore moins pour un premier relèvement des taux d'intérêt.
 

Un tapering à nuancer

Dans les semaines à venir, le tapering restera un sujet de discussion majeur. Avec, dans l’intervalle, un possible impact sur les marchés financiers. Mais l'effet final (sur le marché) doit être nuancé. Pour commencer, la situation actuelle est différente de celle du printemps 2013.
 
Les marchés obligataires, comme les marchés d'actions, étaient alors partis en vrille lorsque le président de la FED de l'époque, Bernanke, avait lâché le mot « taper ». Mais à ce moment-là, le message sortait un peu de nulle part. Aujourd’hui, tout le monde sait que ça va arriver. Voilà des mois que la Réserve fédérale prépare les marchés à l'approche du coup d’envoi. Progressivement, pas à pas. 
 
Ensuite, il y a bien sûr l'instrument « taux directeur » pour maintenir un climat accommodant sur le plan des taux d'intérêt. Ce taux restera à son niveau actuel encore un certain temps. Un premier relèvement est attendu au plus tôt fin 2022. Ce qui implique sans doute que ni l'économie réelle ni les marchés financiers n’ont à craindre dans l’immédiat des taux d'intérêt élevés. En dépit du tapering ou de son timing précis.
 

L'économie continue de tourner, mais moins vite

Entre-temps, le variant delta freine la dynamique de reprise dans le secteur des services. En particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni. C'est moins le cas dans la zone euro, où ce secteur profite encore de la « prime de réouverture ». 
 
Dans les prochains jours, différents indices des directeurs d'achat (Markt PMI et ISM Non-Manufacturing finaux) confirmeront ce tableau pour les secteurs de services dans les différentes régions.
 
Pour les mois à venir, le secteur des services est crucial. Les services doivent en fait pouvoir prendre le relais de l'industrie pour faire tourner la machine économique à un régime suffisant. 
 
Dans les secteurs industriels aussi, le rythme faiblit quelque peu. Ils continuent à faire face à des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement et/ou à des problèmes de recrutement. En termes absolus, les indices des directeurs d'achat restent élevés, mais nous avons franchi le sommet.
 

L'attente en Chine

 
Depuis quelque temps, divers mouvements intéressants se produisent à nouveau en Chine.
 
Différents secteurs sont confrontés à des réglementations plus strictes en ce qui concerne leur modèle de rétribution ou l'approche des investisseurs sur les marchés étrangers. C’est le cas du secteur de la technologie.
 
En outre, Xi Jinping met de plus en plus l'accent sur la « prospérité commune ». En termes concrets : moins d'inégalité dans la richesse. Ce qui suggère des hausses d’impôts pour les gros revenus comme pour les entreprises.
 
Les marchés boursiers chinois ne sont pas insensibles à ces développements. Depuis le sommet de février, le CSI 300, qui reflète les principales actions des bourses de Shanghai et Shenzhen, a perdu près de 20%. Par rapport au début de l'année, le marché chinois fait partie du groupe restreint des perdants. Ce qui, peu à peu, amène à se demander si tout cela constitue une opportunité d'achat.
 
Jusqu'ici, nous avons fait preuve de réserve dans notre politique d'investissement. Ce que nous allons continuer à faire. La marche du monde politique, ces jours-ci, peut difficilement être décrite comme favorable à la bourse. Et il s’agit plus d'une marche forcée que d'une marche lente : les choses vont vite. Ce qui est possible dans un système politique comme celui de la Chine. Dans un tel environnement politique, les investisseurs doivent souvent redoubler de vigilance.
 
En outre, il n'y a pas que les questions politiques. Les données économiques suscitent aussi des interrogations. Notamment en raison de nouvelles poussées épidémiques ou de la normalisation progressive des modes de consommation (occidentaux). Ce qui a un impact sur les exportations de marchandises chinoises. 
 
Néanmoins, l'économie chinoise ne devrait pas ralentir au point de devenir problématique pour la situation mondiale. La banque centrale a ainsi déjà marqué son intention de maintenir à niveau l’octroi de crédits, d'une manière contrôlée. Les autorités régionales, elles aussi, disposent encore de munitions financières pour le second semestre. Pendant les premiers mois de l’année, elles sont restées bien en deçà des niveaux maximums autorisés pour l'émission de dette. La production industrielle, pour sa part, continuera d'être soutenue par la reconstitution des maigres stocks au niveau mondial. 
 
Une série d'indices des directeurs d'achat chinois figure à l’agenda macro de cette semaine. Nous attendons peu de changements. Dans le même temps, une légère déception n'est pas à exclure. 

Le grand écart du marché du travail américain

Le point fort de l'agenda est le nouveau rapport sur le marché du travail américain. Ce marché du travail est crucial pour la politique de la Fed.
Le marché du travail américain fait le grand écart depuis quelque temps. Le nombre de nouveaux postes vacants est plus élevé que jamais, le marché du travail compte toujours 6 à 7 millions de personnes de moins que dans la période pré-coronavirus, et pourtant les employeurs se plaignent de ne pas trouver de candidats. C'est un frein potentiel à la poursuite de la reprise économique et une possible source d'inflation (salariale).
Divers facteurs peuvent expliquer ce décalage. Notamment la peur de la contagion qui éloigne momentanément les gens du marché du travail, la garde des enfants dont les écoles ont été fermées, ou encore l’aide généreuse du gouvernement aux familles pendant la pandémie.
Maintenant que ces facteurs disparaissant l’un après l’autre, il faudra voir si le prochain rapport sur le marché du travail (et les suivants) laissera entrevoir une normalisation de l'offre de main-d'œuvre. Les investisseurs en seraient en tout cas soulagés. Plus vite l'offre de main-d'œuvre se rétablit, plus l'économie peut croître et moins l'inflation risque de devenir incontrôlable. Ce qui voudrait dire, par voie de conséquence, qu'un premier relèvement de taux, comme nous l'avons évoqué, s’annoncerait effectivement pour fin 2022 au plus tôt. Dans le cas contraire, Jerome Powell aura de quoi s'inspirer pour ses prochains discours. 

 

 

 Publications macroéconomiques importantes  Du 30 août au 3 septembre 
 Jour de publication  Région  Publication de  Période  Consensus
 Mardi  Chine  NBS Manufacturing PMI  Août  50,2
     NBS Non Manufacturing PMI  Août  53,0
   Zone euro  CPI inflation YoY (flash)  Août  2,8%
     CPI inflation de base YoY (flash)  Août  1,5%
 Mercredi  Chine  Caixin Manufacturing PMI  Août  50,2
   Zone euro  Chômage  Juill  7,6%
   États-Unis  ISM Manufacturing  Août  58,5
 Vendredi  Chine  Caixin Services PMI  Août  54,0
   Zone euro  Ventes de détail MoM  Juin  0,2%
   États-Unis  Nouveaux emplois (hors secteur agricole)  Août  728%
     Salaire horaire moyen MoM  Août  0,4%
     Chômage  Août  5,2%

 

 

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