Speedy Joe Biden sur les chapeaux de roue dans ses 100 premiers jours

Speedy Joe Biden sur les chapeaux de roue dans ses 100 premiers jours

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04 mai 2021
La Fed se sent à l'aise avec la reprise économique et les prévisions d'inflation.
  • La croissance des salaires (et l'inflation) reste pour l’heure sous contrôle aux États-Unis.
  • L'économie européenne affiche une croissance négative attendue au premier trimestre
  • Les résultats des entreprises sont injustement accueillis avec tiédeur ; les analystes sont plus positifs.

« Sleepy Joe » est bien éveillé comme l'a encore montré, la semaine dernière, le premier discours sur l’état de l’Union de Joe Biden. À la vitesse grand V, il annonce un plan après l'autre. Pour apporter à court terme de l'oxygène financier à l'économie, pour investir à plus long terme et pour faire évoluer le cadre social des Américains un peu plus vers le modèle de l'État-providence européen. Ses plans se montent au total à près de 30% du produit intérieur brut des États-Unis. Les années – voire les décennies – de la « plus petite administration possible » sont-elles révolues ? Sans doute Ronald Reagan et Margaret Thatcher commencent-ils à se retourner dans leur tombe.

Dans le même temps, Jerome Powell a réaffirmé mercredi dernier que la Réserve fédérale, pour l’heure, se sent à l'aise avec tout cela. Il n'est pas question d'une réduction de l'assouplissement quantitatif. Et moins encore d’un relèvement du taux directeur. On est encore loin d’une inflation structurellement plus élevée, estiment les banquiers centraux. Ceci malgré le rebond à plus court terme dû à la réouverture de l'économie, à la hausse des coûts des matières premières et du transport ou aux perturbations dans les chaînes d'approvisionnement (p. ex. les microprocesseurs, mais aussi les composants chimiques ou les matériaux de construction).

Les marchés financiers semblent suivre ce raisonnement. Les investisseurs ont sans doute poussé à la hausse les attentes inflationnistes intégrées dans les cours, mais essentiellement pour le court terme.

À titre d'exemple, au début de 2020, juste avant la crise sanitaire, les investisseurs prévoyaient une inflation d'environ 1,7% pour 2021. La prévision actuelle pour dans douze mois est supérieure d'un point de pourcentage, soit 2,7%. En revanche, à un peu plus long terme, les attentes ne sont guère plus élevées. Au début de 2020, les marchés tablaient sur une inflation à cinq ans de l’ordre de 2,1% ; aujourd'hui, cette prévision est de 2,4%, guère plus donc.

Selon cette estimation, les facteurs structurels qui ont permis de maîtriser le niveau général des prix ces dernières années ne se sont pas encore résorbés (numérisation, mondialisation, etc.). En outre, bon nombre des plans de Biden (deux tiers des 30% du PIB susmentionnés) sont évidemment étalés sur 8 à 10 ans. Ce qui réduit leur « pouvoir d'entraînement » sur le niveau des prix.

Calme temporaire sur le marché obligataire américain

Outre les interventions continues de la Fed, tout cela explique probablement le calme relatif sur le marché obligataire américain. Les taux d'intérêt à 10 ans oscillent autour de 1,65%.

Nous nous attendons néanmoins à ce qu’ils remontent vers les 2%. Avec comme déclencheur potentiel le marché du travail américain. Vendredi, nous allons recevoir le rapport sur le marché du travail pour le mois d'avril. Le consensus table sur 978.000 nouveaux emplois. Mais un chiffre définitif supérieur au million ne nous surprendrait pas.  Avec un accent particulier sur les emplois dans des secteurs durement touchés comme l’horeca.

Ce dernier élément fausse quelque peu l'image en ce qui concerne l'évolution des salaires. Car les secteurs durement touchés sont souvent pourvoyeurs d’emplois moins bien rémunérés. Ce qui tire vers le bas le salaire horaire moyen dans l'ensemble de l'économie. C'est exactement le contraire de ce que nous avons observé il y a un an : malgré la hausse rapide du chômage, le salaire horaire moyen avait alors fortement augmenté. Précisément parce que les licenciements touchaient surtout les bas salaires.

Si l'on fait abstraction de cet effet (temporaire) dans la composition modifiée du marché américain du travail, le salaire horaire moyen augmente à ce moment-là d'environ 2,5% sur base annuelle. Du point de vue de l'inflation, une telle pression salariale sous-jacente n’a rien de préoccupant. Mais à mesure que la réouverture de l'économie se poursuit et que le marché du travail se redresse, l’évolution des salaires sera un facteur à surveiller. Ainsi, de nombreuses entreprises font déjà état de difficultés à trouver du personnel qualifié. Et cela malgré un chômage encore élevé.

Peut-être le problème va-t-il se résoudre de lui-même lorsque l'augmentation temporaire des allocations de chômage expirera, en septembre. Ou si, à un moment donné, l'amélioration du contexte économique incite les quatre millions d'Américains qui ne sont plus à la recherche d'un emploi à revenir sur le marché du travail.

Toutefois, si ce constat persiste, cela peut conduire à une accélération des salaires (horaires). Ce qui, à son tour, constitue un déclencheur potentiel pour cette hausse des taux obligataires que nous attendons.

Zone euro en récession

Outre le rapport sur le marché du travail, on attend cette semaine aux États-Unis les indices ISM des directeurs d'achat. Avec une attention particulière pour le chiffre du secteur des services. Un chiffre qui constitue sans doute, en ce moment, le meilleur indicateur de la dynamique de la reprise économique.

Dans la zone euro, l’agenda macro est assez maigre. Les nouveaux chiffres des ventes au détail (publication jeudi) datent déjà de mars. Ce qui, dans les circonstances actuelles, est une éternité et ne dit pas grand-chose de l’avenir, même proche.

Cet avenir, bien entendu, est déterminé avant tout par la campagne de vaccination. La « base économique » avec laquelle nous avons entamé le deuxième trimestre est en tout cas légèrement supérieure aux prévisions. Au premier trimestre, l'économie de la zone euro s'est contractée de 0,6% par rapport aux trois derniers mois de 2020. Ce qui est juste un peu mieux que le recul attendu de 0,7%.

L'Allemagne présente un résultat médiocre (-1,7%). Les ménages ont beaucoup moins dépensé à cause du confinement et l'industrie (automobile) a été perturbée par la pénurie de micro-processeurs. La France, pour sa part, s’en sort étonnamment bien (+0,4%). Principalement sous l'impulsion du secteur de la construction et de la rénovation. L'Italie (-0,4%) et l'Espagne (-0,5%) affichent des résultats conformes aux attentes. Dans l'ensemble, le volume économique de la zone euro est toujours inférieur de 5,5% à son niveau pré-covid.

Résultats d’entreprises étonnamment bons, faible réaction des bourses

Penchons-nous enfin sur les résultats trimestriels. Tant aux États-Unis qu'en Europe, environ la moitié des entreprises ont à présent publié leurs chiffres. Avec, dans 86% et 75% des cas respectivement, une surprise positive par rapport aux chiffres prévus.

Les investisseurs réagissent néanmoins avec tiédeur. Ils avaient discrètement espéré encore mieux, semble-t-il. Du reste, il va de soi que les cours des actions intègrent déjà pas mal de nouvelles positives.

Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de potentiel pour de nouvelles hausses des cours. Nous avions observé une réaction similaire lors des précédents chiffres trimestriels. Mais en fin de compte, la perspective d'une reprise de l’économie s'est avérée être un moteur suffisamment puissant pour pousser les marchés boursiers à la hausse. Finalement, dans notre politique d'investissement, nous tablons sur un scénario similaire pour les mois à venir.

 Publications macroéconomiques importantes  Du 3 mai au 7 mai
 Jour du publication  Région  Publication de  Période  Consensus
 Lundi  États-Unis  ISM Manufacturing  Avr  65,0
 Mardi  États-Unis  Commandes d'usine MoM  Mar  +1,3%
 Mercredi  États-Unis  ISM Non-Manufacturing  Avr  64,3
 Jeudi  Zone euro  Ventes de détail MoM  Mar  +1,4%
 Vendredi  États-Unis  Nouveaux emplois (hors secteur agricole)  Avr  978%
     Salaires horaires MoM  Avr  -0,4%
     Chômage  Avr  5,7%
   Chine  Caixin Services PMI  Avr  54,5
     Exportations YoY  Avr  +21,5%
     Importations YoY  Avr  +45%