Élections aux États-Unis : Biden sera-t-il porté par une vague bleue ?

Luc Aben
Économiste en chef

Élections aux États-Unis : Biden sera-t-il porté par une vague bleue ?

Blog
13 octobre 2020
Les investisseurs tablent sur le fait que Joe Biden sera le nouveau président, avec une majorité démocrate au Congrès.

En bref :

  • Nous estimons toujours qu'il y aura un accord sur le Brexit, partiel ou non, provisoire ou non.
  • En Chine, le coronavirus est sous contrôle et l'economie se rederesse bien.
  • Il faudra encore un certain temps avant que la production industrielle dans l'UE et aux États-Unis revienne au niveau pré-Covid-19.

À trois semaines de l'élection présidentielle américaine, Biden se détache dans les sondages. Trump n’a pas été aidé par le débat télévisé et par son test positif au coronavirus.

D'après le site web fivethirtyeight.com, Biden aurait 84% de chances de devenir le nouveau président. Ce qui est le pourcentage le plus élevé depuis début juin. Les jeux ne sont pas faits pour autant. Il y a quatre ans, à cette période, on donnait à Clinton 88% de chances de l’emporter.

Pour la Chambre des Représentants, il y a moins de suspense. Les Démocrates vont vraisemblablement y conserver leur majorité.

Au Sénat par contre, l’issue reste incertaine. Mais là aussi, les chances des Démocrates augmentent selon les sondages. Avec, il est vrai, une majorité étroite de 51 sièges contre 49. Fivethirtyeight.com estime cette probabilité à 68%.

Ces derniers jours, les marchés boursiers ont en tout cas déjà adopté le scénario d'une « vague bleue », avec Biden comme président et un Congrès démocrate. Les investisseurs prennent pour acquis l’annulation partielle des réductions d'impôts de Trump et tablent sur des injections budgétaires massives dans l’économie à partir de l’an prochain.

Entre-temps, on ignore encore s’il y aura une nouvelle aide budgétaire pour les chômeurs et les entreprises avant le jour de l’élection. Ces deux dernières semaines, l'optimisme et le pessimisme ont alterné sur cette question. Ce qui a déterminé dans une large mesure les fluctuations quotidiennes sur les marchés financiers.

Les consommateurs américains ont accumulé ces derniers mois une solide réserve d'épargne. Cela pourrait maintenir la consommation à niveau, même sans nouvelles aides. D'un autre côté, cette réserve d'épargne se situe principalement chez les ménages à hauts revenus. Ce qui pose la question de savoir combien de temps encore les groupes à faibles revenus pourront continuer à dépenser. Quoi qu'il en soit, sans nouvelles avancées significatives dans la réouverture de l'économie et sans nouvelles aides, les revenus des ménages risquent de subir un recul de plus de 1.000 milliards de dollars au total.

Outre la campagne électorale, le débat sur une nouvelle enveloppe budgétaire reste un paramètre important pour l’évolution du marché à court terme. Par ailleurs, les résultats des entreprises pour le troisième trimestre vont rentrer petit à petit à partir de cette semaine.

 

Négociations sur le Brexit en phase finale

Au programme de cette semaine figure, après-demain, l'important Conseil européen. Boris Johnson avait fixé cette date comme échéance pour les négociations sur le Brexit.

Les discussions battent toujours leur plein. Il est vraisemblable que l’échéance ne sera pas respectée.  Mais la perception générale est que certains progrès ont tout de même été enregistrés. Si bien qu’à ce jour, nous restons d'avis qu'un accord finira par émerger. Partiel ou non, provisoire ou non.

 

La Chine poursuit son redressement

Sur le plan purement économique, les yeux se tourneront principalement vers la Chine ces prochains jours. Avec, entre autres, des chiffres commerciaux et des données monétaires (croissance du crédit et croissance monétaire) pour le mois de septembre. Ainsi qu’avec de nouveaux chiffres commerciaux pour ce mois.

La reprise chinoise reste sur les rails. Vendredi dernier, le nouvel indice des directeurs d'achat pour le secteur des services (Caixin Services PMI) a ainsi dépassé les attentes.

 

En Chine, le coronavirus est sous contrôle. Depuis la mi-août, les nouvelles contaminations viennent exclusivement de voyageurs venus de l'étranger. Il y a ensuite les mesures incitatives du gouvernement.

L'effet de celles-ci se fait sentir entre autres dans ce qu’on appelle le ‘social financing’ : un large indicateur pour la circulation du crédit et des liquidités dans l’économie. En août, ce chiffre dépassait de plus de 13% celui d’il y a un an. Une image similaire se dessine pour la croissance du crédit et de la masse monétaire pour le mois de septembre. La Chine se concentre encore moins sur la réduction de sa dette colossale.

 

La production industrielle se redresse progressivement

En Europe et aux États-Unis, nous allons recevoir de nouveaux chiffres sur la production industrielle.

Nous savons déjà que la production industrielle allemande s’est révélée décevante en août. Mais cela est dû en grande partie aux usines automobiles qui sont traditionnellement fermées pendant les mois de vacances. Souvent pour des raisons de maintenance. En Italie, où les fabricants avaient planifié cette maintenance plus tôt, le volume en août était en hausse de 10% en glissement annuel.

Certains secteurs ont profité ces derniers mois des dépenses de consommation (en ligne). Par exemple le secteur des équipements électroniques ou des meubles. Mais dans l’ensemble, la production industrielle européenne se situe encore 6% à 7% en dessous du niveau pré-coronavirus. Selon toute attente, la reprise se poursuivra durant la période à venir. Mais de manière progressive. Il faudra encore un certain temps avant que l’on retrouve l'ancien volume de production. Cela vaut également pour les États-Unis.  

 

Les Américains restent confiants

Nous attendons le chiffre de l'inflation pour le mois de septembre aux États-Unis. Il devrait se rapprocher des 2%. En particulier l'inflation de base (inflation hors énergie et produits alimentaires).

Ceci doit néanmoins être interprété avec prudence. Avec la reprise rapide des ventes de détail et les perturbations temporaires dans la production, de nombreux secteurs sont confrontés à une pression à la hausse sur les prix. Celle-ci, toutefois, disparaîtra à mesure que la production récupère des dommages subis. Par conséquent, les chiffres d'inflation actuels ne reflètent pas nécessairement la pression structurelle, sous-jacente, sur les prix.

Enfin, il faudra voir cette semaine ce qu'il advient des ventes de détail et de la confiance des consommateurs aux États-Unis. Ce qui nous ramène au point de départ de ce texte, à savoir dans quelle mesure le redressement du marché du travail peut contrebalancer la diminution des aides publiques.

Pour l'heure, nous attendons peu de changement en termes de nouveaux éléments positifs, que ce soit au niveau des dépenses ou de la confiance. Il est sans doute encore trop tôt pour percevoir un effet significatif de la réduction des aides budgétaires.

Peut-être la confiance a-t-elle quelque peu souffert des événements entourant Trump ces deux dernières semaines. Mais il ne faut pas y attacher trop d'importance d'un point de vue économique à un peu plus long terme. Autrement dit, la situation politique n’est pas plus tendue ou incertaine après le retour de Trump qu’elle l’était dans les semaines précédant l’annonce de sa contamination. Mieux même, s’il faut en croire les sondages, elle commence à se clarifier. Mais quitte à enfoncer une porte ouverte, rappelons que le seul vrai sondage aura lieu le 3 novembre.

 

 Publications macroéconomiques importantes  Du 12 octobre au 16 octobre
 Jour de publication  Région  Publication de  Période  Consensus
 Mardi  Chine  Exportations YoY  Sep  10,0%
     Importations YoY  Oct  0,2%
   Allemagne  Indice ZEW  Oct  74,0%
   États-Unis  Inflation CPI MoM  Sep  1,4%
     Inflation de base CPI MoM  Sep  1,8%
 Mercredi  Europe  Production industrielle YoY  Août  -7,1%
 Jeudi  Chine  Encours de crédits YoY  Sep  12,9%
     Croissance monétaire (M2) YoY  Sep  10,4%
   Europe  Conseil européen    
 Vendredi    Ventes de détail MoM  Sep  0,6%
     Production industrielle MoM  Sep  0,6%
     Confiance des consommateurs (U. Mich.)  Oct  81,0

 

 

Luc Aben
Économiste en chef
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