Luc Aben espère une issue rationnelle dans les négociations sur le Brexit

Luc Aben espère une issue rationnelle dans les négociations sur le Brexit

Blog
15 septembre 2020
La crise du coronavirus est le paratonnerre idéal pour les conséquences économiques dommageables du Brexit.

La crise du coronavirus est le paratonnerre idéal pour les conséquences économiques dommageables du Brexit.

 

Mais encore :

  • La probabilité d'un Brexit dur a encore augmenté.
  • Nous pensons que la Fed ne prendra pas de nouvelles mesures monétaires.
  • Les nouveaux chiffres devraient confirmer la reprise de l’économie chinoise.

Après que la BCE a laissé, la semaine dernière, sa politique monétaire en l’état, la Réserve fédérale (Fed) délibérera à son tour après-demain. 

Peut-être aurons-nous alors plus de détails sur les objectifs stratégiques récemment réajustés de la banque centrale américaine. En deux mots, l’équipe de Jerome Powell vise à présent une inflation moyenne de 2% et un marché du travail plus inclusif. Le premier objectif signifie que l'inflation peut, à certaines périodes, dépasser le seuil de 2% ; le second, que l’on accordera plus d’attention à la situation de travail de groupes de population spécifiques. Les deux ensemble impliquent qu'il y a plus d'arguments en faveur d’un maintien prolongé de la politique monétaire accommodante.

Quant à savoir si cela signifie que la Fed prendra dès cette semaine des mesures supplémentaires, on peut en douter. Probablement pas. Les données économiques en provenance des États-Unis sont bonnes. Du moins dans les circonstances actuelles. Les banquiers centraux peuvent donc encore attendre. 

Paiement à la livraison

La question est de savoir si les investisseurs sont du même avis. Car en élargissant ses objectifs et en s’accordant plus de liberté pour prolonger encore une politique monétaire encore plus accommodante, la Fed a suscité des attentes. Si bien que les marchés financiers pourraient « exiger » que les banquiers centraux « put their money where their mouth is ». Autrement dit, qu'ils « paient à la livraison ». D'autant que l'administration américaine ne parvient pas à prolonger les programmes de mesures de soutien pour les chômeurs et les petites entreprises, arrivés à échéance fin juillet. Le redressement de l'économie américaine n'est pas un fait définitivement acquis.

Bref, si la Fed laisse effectivement sa politique inchangée cette semaine, les investisseurs pourraient manifester leur contrariété. Tant sur les marchés d'actions que sur les marchés obligataires. Après quoi, la banque centrale pourrait se voir finalement contrainte, dans un avenir proche, de prendre des actions supplémentaires. 

Outre la réunion de la Fed, nous attendons cette semaine de nouveaux chiffres sur les ventes de détail aux États-Unis et la confiance des consommateurs (de l'Université du Michigan). Toutefois, ils ne pourront pas encore être pris en compte par la Fed dans sa prise de décision. Pas plus que les nouvelles informations sur le marché du logement (indice de confiance NAHB parmi les constructeurs de logements et nouvelles constructions de logements). Depuis que la Réserve fédérale, fin de l'année dernière, soit bien avant la crise du coronavirus, a recommencé à abaisser ses taux, le marché du logement est un pilier de l'économie américaine. 

Le commerce de détail chinois récupère des dommages subis

Toujours à l'agenda macro, notre attention se porte sur les chiffres chinois, en particulier la production industrielle et les ventes de détail pour le mois d'août. Ils devraient confirmer qu’en Chine aussi, le redressement économique est toujours en bonne voie. 

Contrairement aux États-Unis et à l’Europe, les ventes au détail de la Chine n’ont pas pu, jusqu’ici, réparer entièrement les dégâts par rapport à la même période l'an dernier. Ceci en raison des confinements stricts et de la réticence des consommateurs à reprendre pleinement une vie normale. Mais la situation s’améliore peu à peu. 

 

 

Le Brexit revient à la une


 

Après avoir connu une accalmie – ou avoir été éclipsée par le Covid-19 – pendant plusieurs mois, la saga du Brexit reprend de plus belle.
Les négociations sur un accord commercial définitif sont dans l’impasse. C'était déjà le cas, mais ça l’est encore plus depuis que le gouvernement britannique entend, unilatéralement, changer les modalités de l'accord de retrait. Le Parlement britannique se réunit cette semaine à ce sujet.

On ignore dans quelle mesure ces manœuvres britanniques font juste partie du jeu de la négociation. Il semble toujours rationnel d'attendre un accord dans les semaines à venir. D'un autre côté, la rationalité a souvent fait défaut dans ce dossier. Et dans tous les cas, la probabilité d’un Brexit dur (comme fer) est à nouveau un peu plus grande. 

Jusqu'au référendum sur le retrait de juin 2016, l'économie britannique évoluait en parallèle avec l'européenne. Depuis, elle accuse un retard d’environ 3 points de pourcentage (indépendamment des circonstances exceptionnelles dues à la crise du coronavirus). On peut, globalement, considérer ce chiffre comme une estimation du coût du Brexit à ce jour. Les entreprises, en particulier, se sont montrées réticentes à investir. En cas de « no-deal », ce coût ne fera qu’augmenter.

Dans le même temps, les partisans d'un Brexit dur trouvent dans la crise du coronavirus une occasion d’appuyer ce scénario. Les dommages liés au Brexit s’étalent en effet sur une période plus longue. L'impact immédiat est limité en comparaison avec les chiffres de la récession due au Covid-19. Qui apparaît dès lors comme le parfait paratonnerre politique.

Sans compter qu'avec la crise du coronavirus, il y a partout dans le monde une plus grande tolérance par rapport à l’élargissement des déficits budgétaires et au maintien d'une politique monétaire accommodante. Si bien qu’un Brexit dur ne se verrait pas imputer la « faute » de ces interventions.

Sur les marchés financiers, la livre britannique est l’une des grandes victimes des récents développements. Par rapport à l'euro, la monnaie britannique est proche de son niveau le plus faible en dix ans. Si le Brexit dur devait se concrétiser, cet affaiblissement pourrait se poursuivre. En direction de la parité. 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 14 septembre
au 18 septembre

Jour de publication

Région/pays

Publication de

Période

Consensus

Lundi

Zone euro

Production industrielle YoY

Jul

-8,2%

Jeudi

Chine

Production industrielle YoY

Août

5,1%

 

 

Ventes de détail YoY

Août

0,1%

 

 

Chômage

Août

5,6%

 

Allemagne

Indice ZEW

Sep

69,8

 

États-Unis

Production industrielle MoM

Août

1,0%

Mercredi

États-Unis

Ventes de détail MoM

Août

1,0%

 

 

Indice NAHB

Sep

78

 

 

Réunion stratégique de la Fed

 

 

Jeudi

États-Unis

Nouvelles constructions de logements MoM

Août

-5,0%

Vendredi

États-Unis

Confiance des consommateurs (U. Mich.)

Sep

75,0

 

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot