390 milliards d’euros de subsides, est-ce suffisant ?

390 milliards d’euros de subsides, est-ce suffisant ?

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22 juillet 2020
Luc Aben confirme et est d’avis que les chefs de gouvernement européens transformeront l’essai du plan de relance.

Les chefs de gouvernement européens ne manqueront pas de transformer l’essai du plan de relance. 

En bref :

  • Différences de taille dans la reprise des ventes au détail aux États-Unis
  • La confiance des consommateurs américains à nouveau en baisse
  • Les élections américaines exercent une influence croissante sur les marchés financiers

Comme prévu, la BCE a maintenu sa politique inchangée la semaine dernière. Christine Lagarde a expressément envoyé la balle dans le camp de la politique européenne, laquelle n’a pas encore transformé l’essai : les négociations sur le plan de relance traînent depuis maintenant quatre jours.

On s’attend à ce que celles-ci accouchent finalement d’un compromis, que ce soit aujourd’hui ou dans les semaines à venir. Principale pierre d’achoppement, la proportion de subsides au sein du paquet. Si la proposition initiale fixait ceux-ci à 500 milliards d’euros, il est désormais question de quelque 390 milliards, une diminution qui ne constitue guère une surprise. Un montant de 390 milliards est toujours suffisamment élevé pour être significatif et constitue un pas important vers une plus grande intégration budgétaire européenne. Il n’est donc pas impossible que les marchés financiers s’en satisfassent. 

 

La confiance des consommateurs américains en perte de vitesse

Entre-temps, les marchés financiers comparent les données économiques aux chiffres du virus, lesquels connaissent tous deux un parcours en V. S’il s’agit d’une bonne chose pour l’économie, ce n’est évidemment pas le cas en ce qui concerne le virus. L’Europe bénéficie encore principalement du « V économique », mais la situation aux États-Unis demeure préoccupante. 

Cela n’exclut toutefois pas un rétablissement des indicateurs économiques américains. Le sentiment des constructeurs immobiliers frise ainsi son plus haut niveau en cinq ans, tandis que les ventes au détail du mois de juin ont presque complètement rattrapé les dommages causés par le Covid-19, étayées en cela par des aides au chômage de grande ampleur (600 USD supplémentaires par semaine).

Cela étant, on constate des différences majeures entre secteurs. Les ventes de vêtements doivent encore combler un déficit de 20 %, un chiffre plus élevé encore dans le secteur de la restauration. Et si le bilan mondial est positif, c’est avant tout grâce aux affaires en or faites par les boutiques en ligne et les magasins d’alimentation.

Démocrates et Républicains doivent en outre s’accorder d’ici la fin du mois sur la prolongation, d’une manière ou d’une autre, du système des allocations de chômage supplémentaires. Le marché de l’emploi n’est pas suffisamment rétabli pour pouvoir s’en passer. En cette année électorale, on est en droit d’espérer qu’un tel accord sera possible, mais, dans un paysage politique marqué par une polarisation extrême, rien n’est moins sûr.

La principale réserve tient à la nature rétrospective des données économiques chiffrées. C’est évidemment toujours le cas, mais c’est d’autant plus ennuyeux à l’heure actuelle. L’évolution du virus éclipse la valeur prédictive des chiffres du passé, même tout récents. 

Le nombre d’infections aux États-Unis a connu une forte augmentation depuis la mi-juin. Si la situation ne change pas sous peu, elle risque d’hypothéquer la poursuite de la reprise économique. Dans les États les plus touchés, les chiffres de la mobilité sont à nouveau en régression, de plus en plus de personnes restant chez elles. Vendredi dernier, une première estimation (par l’Université du Michigan) de la confiance des consommateurs pour le mois en cours faisait déjà état d’une baisse. Cette confiance dépassait à peine le niveau du mois d’avril, reléguant ainsi quasiment aux oubliettes l’amélioration constatée en mai et juin.

Trump « en difficulté »

L’arène politique s’en ressent également. La prise en charge (ou non) de la crise du corona par Trump grignote sa popularité. Si près de 46 % des électeurs approuvaient encore Trump fin mars, ce pourcentage est désormais retombé à 40 %.

Même si la campagne est encore longue, l’élection présidentielle (3 novembre) pèsera de plus en plus sur les marchés financiers. Avec, en premier lieu, le sort qui sera réservé à la réduction d’impôt de 2018. Il y a fort à parier que Biden, s’il est élu, fera marche arrière, ce qui aurait un impact négatif significatif sur les bénéfices de l’entreprise américaine moyenne, de l’ordre de 10 à 12 % en cas d’abrogation pure et simple, et ne manquerait pas d’irriter les investisseurs.

Il convient toutefois d’apporter certaines nuances. L’augmentation de l’impôt (sur les sociétés) pourrait servir à financer une politique budgétaire plus ambitieuse dans d’autres domaines. L’impact global sur l’économie américaine pourrait ainsi en fin de compte s’avérer neutre, voire même positif. Biden a déjà fait part de son intention d’investir 2 000 milliards de dollars dans l’infrastructure et les énergies vertes.

Il est par ailleurs peu probable que les Démocrates obtiennent une majorité suffisante au Congrès pour pouvoir forcer l’adoption de mesures trop drastiques. En définitive, Biden est sans doute synonyme de retour au calme et d’une moins grande nervosité sur le plan géopolitique.

Mais encore une fois, la route est encore longue et les sondages ne sont que des sondages. Affaire à suivre, donc…. 

Des questions quant à la confiance des entrepreneurs américains 

Le macro-agenda de cette semaine porte une attention toute particulière aux indices Markit PMI provisoires (indice de confiance des directeurs des achats). 

On s’attend, tant pour la zone euro que pour les États-Unis, à ce que les chiffres de la confiance dans l’industrie et les services franchissent à nouveau (de justesse) le seuil critique des 50, même si, au vu de la flambée persistante du virus, le pari est sans doute encore loin d’être gagné aux États-Unis. 

Principales publications macro-économiques 

Vu 20 juillet au 24 juillet inclus

Jour de publication

Région/pays

Région/pays

Periode

Consensus

Jeudi

Zone euro

Confiance des consommateurs (flash)

Juillet

-12,5

Vendredi

Zone euro

Markit PMI Manufacturing (flash)

Juillet

49,5

 

 

Markit PMI Services (flash)

Juillet

51,0

 

États-Unis

Markit PMI Manufacturing (flash)

Juillet

51,3

 

 

Markit PMI Services (flash)

Juillet

50,2

 

 

Luc Aben | Économiste en chef Van Lanschot