Luc Aben prévoit un recul de 12% de l'économie dans la zone euro au deuxième trimestre

Luc Aben prévoit un recul de 12% de l'économie dans la zone euro au deuxième trimestre

Blog
28 juillet 2020
La question est de savoir si la reprise économique actuelle persistera avec un euro plus cher.

La question est de savoir si la reprise économique actuelle persistera avec un euro plus cher.

 

Mais encore :

  • La confiance des consommateurs, inquiets pour l’emploi, vacille
  • La croissance de l’octroi de crédits témoigne de la constitution de réserves et non de la croissance économique
  • Les aides publiques aux Américains restent nécessaires

À la fin de cette semaine, les premières estimations pour la croissance au deuxième trimestre afficheront à nouveau des chiffres « spectaculaires ». Pour les États-Unis, environ -30 % à -35 % sur base annuelle par rapport aux trois premiers mois de l'année. Pour la zone euro, environ -12 %, avec de grandes différences entre les pays. 

Notez que ces chiffres ne sont pas comparables en tant que tels. Le chiffre des États-Unis est annualisé. C’est donc comme si la dynamique économique entre le premier et le deuxième trimestre restait inchangée pendant toute une année. Le chiffre européen compare simplement le volume économique entre les deux périodes. 

Si l'on faisait de même pour les États-Unis, on arriverait à un recul de l’ordre de 8 %. Soit un résultat moins négatif que dans la zone euro. Notre continent a subi des confinements plus stricts au début du deuxième trimestre et les a maintenus plus longtemps. À partir de juin, le redressement s’est amorcé dans les deux régions. 

Des matelas de liquidités à constituer

Mais l’avenir est plus important que le passé : le redressement peut-il perdurer ? Les indices européens des directeurs d'achat (Markit PMI) donnent à croire que c’est bien le cas. Vendredi dernier, le secteur des services a balayé toutes les attentes. Cela promet pour l'indice IFO allemand, attendu ce matin. 

L'indicateur du sentiment économique de la Commission européenne (publication jeudi) pourrait, lui aussi, surprendre positivement. Même si, par ailleurs, nous savons déjà que la confiance des consommateurs (20 % de l'indicateur global de confiance) est vacillante. Les consommateurs sont inquiets pour leur emploi. 

En Europe, contrairement aux États-Unis, les chiffres du chômage sont jusqu’ici plutôt favorables. Ceci grâce à des mesures et des aides publiques massives. La question est de savoir combien de temps encore les déficits budgétaires croissants pourront supporter ces aides. Le risque de vagues de licenciements au second semestre n’est pas inconcevable. 

Outre l’aide budgétaire, il y a aussi, bien entendu, la BCE. Celle-ci injecte massivement de l'argent dans le système financier afin de maintenir l’octroi de crédits. Cette stratégie semble fonctionner. L'octroi de crédits aux entreprises et la croissance monétaire (nouveaux chiffres ce matin) sont en nette hausse. En période « normale », ceci témoignerait d’une solide croissance économique. Voire d'une surchauffe de l'économie avec, en corollaire, le risque inflationniste. Cette fois, néanmoins, l'interprétation est différente. Les chefs d’entreprise s’efforcent autant que possible de constituer des matelas de liquidités. La demande de crédit n'est pas un signe d'optimisme, mais plutôt de prudence.

Extension des aides budgétaires américaines

Tout dépendra de l’évolution de la propagation du virus et du degré de réouverture des économies. Dans certains pays européens, de nouveaux foyers apparaissent et aux États-Unis, le nombre de nouveaux cas ne cesse de croître. Ce qui commence à peser sur la confiance des consommateurs. Ceci nous avait déjà été confirmé par l'indice de confiance de l'Université du Michigan. Demain, nous aurons le baromètre du Conference Board.

La Réserve fédérale reste, elle aussi, très attentive aux chiffres du virus. Ses administrateurs soulignent régulièrement les dommages à long terme pour le tissu économique. Nous ne pensons pas, néanmoins, que la nouvelle réunion stratégique de jeudi prochain débouchera sur de nouvelles mesures. Sans doute Jérôme Powell et ses collègues estiment-ils que la balle est à nouveau dans le camp de la politique. Les précédentes mesures budgétaires, comme l’augmentation des allocations de chômage, expirent en effet le 31 juillet. Une prolongation s’impose.

Après que les Démocrates ont mis sur la table un nouveau plan de relance de 3 500 milliards de dollars, les Républicains présenteront leur propre proposition dans les prochains jours. Au sein de ce parti, tout le monde n’est pas aussi favorable à un nouvel accroissement du déficit budgétaire. 

Les Républicains semblent néanmoins décidés à octroyer un nouveau chèque de 1 200 dollars à de grands groupes d'Américains. Et le soutien financier aux entreprises qui s’engagent à garder leur personnel serait lui aussi maintenu, semble-t-il. L’actuel bonus hebdomadaire de 600 dollars au-delà des allocations de chômage serait par contre fortement réduit. Ce qui peut se comprendre. Pour environ 70 % des bénéficiaires, l’aide va au-delà du salaire normal. 

Il est important, toutefois, que le nouveau programme soit suffisamment conséquent. Au moins 1 000 à 1 500 milliards de dollars. C’est précisément grâce à ces aides que les dépenses ont pu se redresser rapidement ces derniers mois (vendredi nous recevrons les chiffres pour le mois de juin). Le redressement du marché du travail est encore nettement insuffisant pour qu’on laisse les choses suivre leur cours.

Les marchés financiers suivent ce dossier de très près. Le rebond des actions depuis la fin mars a été alimenté par l'amélioration graduelle de l'économie. Mais aussi (et surtout ?) par les initiatives budgétaires et monétaires. Nous espérons que la politique américaine ne décevra pas. Ce ne serait pas une bonne chose. Ni pour l'économie, ni pour les marchés financiers.

 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 27 juillet
au 31 juillet

Jour de publication

Région/pays

Publication de

Période

Consensus

Lundi

Zone euro

Crédits aux ménages YoY

Jun

2,3%

 

 

Crédits aux entreprises YoY

Jun

7,6%

 

 

Croissance monétaire M3 YoY

Jun

9,3%

 

Allemagne

Indice IFO 

Jul

89,3

 

États-Unis

Commandes de biens durables MoM

Jun

6,5%

Mardi

États-Unis Confiance des consommateurs CB

Jul

94,8

Mercredi

États-Unis

Réunion stratégique de la Fed

 

 

Jeudi

Zone euro

Sentiment économique

Jul

81,0

 

 

Chômage

jun

7,7%

 

États-Unis

Croissance du PIB QoQ (base annuelle)

2Q20

-35,0%

Vendredi

Chine

NBS Manufacturing PMI

Jul

51,0

 

 

NBS Services PMI

Jul

 

 

Zone euro

Croissance du PIB QoQ

2Q20

-12,0%

 

 

CPI inflation YoY (flash)

Jul

0,2%

 

 

CPI inflation de base YoY (flash)

Jul

0,7%

 

États-Unis

Revenu personnel MoM

Jun

-0,2%

 

 

Dépenses personnelles MoM

Jun

+5,0%

 

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot