Luc Aben craint que la baisse apparente du sentiment d'urgence n’entraine un retard pour le Fonds de relance européen.

Luc Aben craint que la baisse apparente du sentiment d'urgence n’entraine un retard pour le Fonds de relance européen.

07 juillet 2020
Le Fonds de relance donne un coup de pouce à l’économie et renforce la coopération européenne.

Le Fonds de relance donne un coup de pouce à l’économie et renforce la coopération européenne.

 

En outre :

  • La reprise économique se fait en “V”
  • Le nombre de contaminations aux Etats-Unis est alarmant
  • Les ventes de détail se redressent en Europe

Un coup d’œil sur les chiffres macro de ces derniers jours suggère une reprise économique en forme de V. La machine américaine de création d'emplois (4,8 millions de nouveaux emplois) a ainsi pulvérisé les attentes en juin (3,1 millions). L’ISM Manufacturing (indice des directeurs d'achat dans l'industrie) a aussi surpris positivement. Ce baromètre de la confiance des entrepreneurs (52,6) a subitement bondi au-delà du seuil critique de 50. Avec un bon score à la fois pour les sous-indices de l'activité actuelle et des nouvelles commandes (ce qui veut dire l’activité future).

Les indices des directeurs d'achat chinois et européens ont donné des signaux similaires. Dans les deux régions, ils ont dépassé les attentes. Pas étonnant dès lors si les marchés boursiers ont vécu une semaine positive. Les inquiétudes à propos du coronavirus ont été reléguées au second plan.

 

Tableau viral préoccupant aux États-Unis 

Sur le plan des nouvelles contaminations, cela va pourtant de mal en pis aux États-Unis. Dans 37 des 50 États, la tendance repart à la hausse. Depuis plusieurs jours d'affilée, on dénombre plus de 50.000 cas par jour. Soit plus du double par rapport à la mi-juin. Et pour faire un parallèle avec le rapport sur l’emploi susmentionné : les chiffres pour ce rapport ont précisément été récoltés jusque mi-juin. Soit juste avant le rebond dans le nombre de nouveaux malades.

Pour l’heure, toutefois, pas de lock-downs généralisés en prévision. On s’en tient à des mesures ciblées. Notamment parce que le nombre de décès ne suit pas la tendance des contaminations. Les deux ou trois prochaines semaines révéleront si le constat reste le même. 

Mais dans tous les cas, cette évolution risque de peser sur la reprise économique. Dans les États les plus durement touchés (Arizona, Floride, Texas et Californie), les chiffres de la mobilité repartent à la baisse. Et s’orientent vers un niveau inférieur de 30% à la normale. Ces données de mobilité sont, de nos jours, indicatives de l'activité économique. 
Du reste, sur la base de ces estimations, le ‘niveau d'activité’ général aux États-Unis est inférieur d’environ 15% à la normale. Il en va de même en Europe. À l'apogée du confinement, à la mi-avril, on était encore aux alentours de 50%. Un niveau qui est encore celui de l'Amérique latine aujourd'hui. Avec peu d'amélioration en vue.

 

Les ventes de détail se redressent en Europe

Dans ce contexte, la semaine s’annonce assez tranquille sur le plan macroéconomique. 
Cet après-midi, l’ISM Non-Manufacturing nous donnera une idée du secteur des services aux États-Unis. Il n'est pas exclu qu’il passe lui aussi dans la ‘zone verte’, au-delà de 50.

Pour la zone euro, nous attendons sous peu les ventes de détail pour le mois de mai. Nous savons déjà que les Allemands ont largement délié les cordons de la bourse durant ce mois (+13,9% en glissement mensuel). Ce constat vaut aussi pour la France (+26%) et l’Espagne (+18%). 

Pour l'ensemble de la zone euro, on s’attend à une progression d’environ 15%. Avec ce chiffre, les ventes de détail s’établiraient pour l’heure à 10% sous le niveau de février. Soit juste avant qu'éclate à pleine puissance la crise du coronavirus.

Nous devrons combler cette perte dans les mois à venir. Si la situation virale reste sous contrôle, cela pourra se faire de manière progressive. Même si la hausse du chômage pourrait constituer un contretemps. 

Comme on le sait, pratiquement tous les pays ont mis en place de vastes programmes de soutien pour faire face à la crise du coronavirus. Pour une partie de ces programmes, on s’oriente vers une prolongation. Mais pour d'autres pas, ou pas entièrement. Ceci en raison des chiffres budgétaires rouge foncé. Par conséquent, on peut s’attendre au second semestre à une hausse des faillites. Avec à la clé une augmentation du chômage.

Rappelons dès lors, à cet égard, l'importance du Fonds européen pour la relance. À l’approche du Conseil européen (chefs d'État et de gouvernement) des 17 et 18 juillet, l’Eurogroupe (ministres des Finances) se réunit cette semaine pour en parler. 

Il reste toujours des points litigieux en ce qui concerne l’ampleur du fonds et la répartition entre prêts et dons. Sous l’impulsion de la présidence allemande de l'UE, nous attendons enfin un compromis. Qui, espérons-le, ne soit pas trop dilué. La constatation des bonnes performances de l’économie européenne ces dernières semaines, du moins au vu des circonstances, rend ce danger bien réel. 

Certains pourraient en effet profiter de la baisse apparente du sentiment d'urgence pour tirer le frein à main. Ce qui serait doublement regrettable. Ceci compte tenu, d'une part, de l’élan conjoncturel que pourrait entraîner un fonds de relance correctement mis en œuvre, d'autre part de la possibilité d’approfondir structurellement la collaboration et l’intégration européennes. Avec, à côté d'une politique monétaire unifiée via la BCE, une politique budgétaire plus commune. 

Ce faisant, la crise du coronavirus apporterait tout de même quelque chose de positif. Pour autant que le courage politique soit présent à cet effet. Espérons dès lors que les mots de Winston Churchill joueront à nouveau leur rôle : ‘Never waste a good crisis.’ 

 

 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 06 juillet au 10 juillet

Jour de publication

Région/pays

Publication de

Période

Consensus

Lundi

Zone euro

Ventes de détail YoY

Mai

+14,8%

 

États-Unis

ISM Non-Manufacturing

Jun

49

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot