La vieille économie contre-attaque

La vieille économie contre-attaque

Blog
03 juin 2020
Les valeurs technologiques américaines dominent la bourse, mais les actions traditionnelles rattrapent leur retard.

Mais encore :

  • Les actions américaines se redressent plus vite que les actions européennes.
  • La BCE pourrait élargir son programme de rachat d'obligations.
  • La confiance des entrepreneurs américains augmente légèrement.
     

 

La semaine dernière, le S&P500 a refranchi la barre des 3000 points, s’établissant aux alentours du niveau de novembre 2019. Ce qui est « à peine » 10% en dessous du sommet de fin février. Au niveau plancher de mars, l’écart par rapport au sommet était encore de 35%.

En Europe, le tableau est différent. Après une chute similaire entre fin février et fin mars, le Stoxx 600 est toujours 17% en dessous du niveau record.

L'explication de cette différence réside en grande partie dans les valeurs technologiques comme Facebook, Amazon, Netflix, Alphabet (Google) ou Microsoft. Celles-ci pèsent lourd à la bourse américaine. Ces entreprises profitent, à court terme, de l’élan de numérisation qu’a soudain connu la société. Songeons au télétravail ou aux achats en ligne.

Sans compter que parmi les ‘habitudes numériques’ acquises pendant le confinement, bon nombre perdureront sans doute à plus long terme.

Dans le paysage boursier européen, le centre de gravité se situe dans les secteurs plus ‘traditionnels’. Comme le secteur financier ou les acteurs de l'automobile. Ici, la situation est plus préoccupante. Si l'on prend ces deux exemples : les banques ne vont-elles pas devoir opérer des dépréciations massives sur leurs portefeuilles de crédits ? Et les ventes de voitures pourront-elles redémarrer si le chômage grimpe ou si une deuxième vague de contamination impose un nouveau lock-down ?

En toute logique, ces inquiétudes se reflètent dans l’évolution de la bourse et dans une reprise moins marquée de l’action européenne moyenne par rapport à ses homologues américaines.

 

La ‘vieille économie’ contre-attaque

Ces derniers jours, toutefois, nous avons observé un mouvement singulier. Les secteurs traditionnels ont entamé un mouvement de rattrapage en bourse, inspiré entre autres par des chiffres encourageants dans la lutte contre le virus.

Jusqu’ici, les premiers pays européens ayant commencé à lever les restrictions sociales (Autriche, Danemark, Allemagne, Suisse, ...) n’ont pas noté de résurgence des contaminations. Nous pouvons dès lors poursuivre sur la voie d'un redémarrage progressif de l'économie. Et les initiatives en ce sens sont légion.

Au regard des chiffres de mobilité également, on voit que l’activité reprend. C’est ainsi que dans les grandes villes allemandes, la circulation automobile est déjà revenue au niveau d’avant l'épidémie. En précisant toutefois que ce n’est pas encore le cas, loin s’en faut, des transports publics. Une partie des conducteurs au volant des voitures aujourd'hui recensées prendrait en temps normal le train, le bus ou le métro. Quoi qu'il en soit, la tendance reste globalement orientée à la hausse. Et les investisseurs suivent le mouvement. Cela en dépit des tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis ou de l’agitation aux États-Unis qui pourrait retarder la reprise de l’économie ou même déclencher une deuxième vague de coronavirus.

 

La BCE de nouveau à la manœuvre

Comme nous l'avons souligné à maintes reprises, cela ne signifie pas que l'économie mondiale tournera de nouveau à plein régime sous peu. Pendant tout un temps encore, nous allons devoir nous contenter d'une ‘économie à 90%’. Ce qui nécessitera un apport suffisant d’oxygène financier par le biais de la politique budgétaire et monétaire.

Il se peut dès lors que la BCE donne un nouveau coup d'accélérateur ce jeudi. Ceci via une extension du PEPP, le programme d'achat de 750 milliards d'euros mis en place spécifiquement pour la crise du coronavirus. Il pourrait s’agir d'une extension à la fois en termes de montant (500 milliards supplémentaires ?) et en termes de durée du programme (au moins jusque mi-2021 ?). Peut-être même Francfort abaissera-t-elle les exigences de qualité pour les obligations à racheter. Ainsi les collègues américains de la BCE, à la Fed, interviendraient-ils aussi sur certains segments de marché pour des obligations de qualité inférieure.

 

Aux États-Unis, la confiance des entreprises se relève lentement...

L’ISM Manufacturing (indice des directeurs d'achat dans l’industrie) a faiblement progressé en avril, comme on l’a vu hier. Cela dit, le chiffre absolu (43,1) reste évidemment bas. Après-demain, nous recevrons l’ISM Non-Manufacturing pour le secteur des services. Il devrait donner une image similaire. Les États-Unis s’orientent, au deuxième trimestre, vers un taux de contraction annualisé de l’ordre de 40%. Mais la grande question est avant tout de savoir quelle sera la vigueur de la reprise au trimestre suivant.
Vendredi, nous recevrons le traditionnel rapport mensuel du marché du travail aux États-Unis. Il s’en dégagera à nouveau des chiffres que l’on croyait impensables il y a trois mois à peine, mais il y a aussi quelques lueurs d’espoir. D’après les statistiques hebdomadaires, le nombre de personnes qui mettent fin à leur demande de chômage en cours dépasse le nombre de nouvelles demandes. Cela pourrait être un premier signal indiquant que le marché américain du travail commence lentement à tourner. Mais cette fois dans le bon sens.

 

... tout comme en Chine

Relevons enfin les indices des directeurs d'achat (PMI) en provenance de l’industrie chinoise, publiés pendant le week-end écoulé. Les scores se situent tout juste au-dessus de 50, donc légèrement en zone de croissance. C'est une solide reprise par rapport au niveau plancher de janvier. En même temps, cela illustre que la véritable reprise de l'industrie chinoise dépendra en grande partie de la relance de la dynamique dans le reste du monde. 

 
 Publications macroéconomiques importantes Du 2 juin au 5 juin 
 Jour de publication  Région/pays  Publication de  Période  Consensus
 Lundi  États-Unis  ISM Manufacturing  Mai  43,1
 Mercredi  Chine  Caixin Services PMI  Mai  
   Zone euro  Chômage  Avril  8,2%
   États-Unis  ISM Non-Manufacturing  Mai  44,0
 Jeudi  Zone euro  Ventes de détail YoY  Avril  -22,9%
     Réunion stratégique de la BCE    
 Vendredi  États-Unis  Nouveaux emplois  Mai  -8.250K
     Chômage  Mai  19,7%
     Salaires horaires YoY  Mai  8,4%