Luc Aben estime qu’une prudence excessive peut s’avérer dangereuse

Luc Aben estime qu’une prudence excessive peut s’avérer dangereuse

Blog
16 juin 2020
Net recul des cours des actions ; la reprise économique s’amorce progressivement, avec des hauts et des bas.

En outre :

  • La Banque Centrale Américaine reste prudente en matière de prévisions économiques.
  • Pour les marchés financiers, l’orientation de la reprise est souvent plus importante que son niveau.
  • Se tenir trop à l’écart du marché, et ainsi manquer les « meilleurs jours » boursiers, est préjudiciable pour le rendement final d'un portefeuille.
     

 

« La question est de savoir si, après la remontée des actions de ces dernières semaines, le lien entre économie réelle et financière n’est pas devenu fort tendu. Il semble en tout cas y avoir peu de marge pour des retards imprévus dans la réouverture des économies, pour de nouveaux chiffres économiques inférieurs aux attentes ou pour des nouvelles décevantes dans la lutte contre le virus. »

Voilà ce que nous écrivions dans notre édition de la semaine dernière. Trois jours plus tard, les deux derniers de ces éléments – données économiques et nouvelles sur le virus décevantes – ont joué en défaveur des investisseurs. Jeudi, en particulier, ils ont provoqué un net recul des cours des actions.

Pour ce qui est de la douche froide économique, elle est venue de Jérôme Powell, le patron de la Fed. Celui-ci a adopté un ton très prudent quant à ses perspectives pour l'économie américaine. À cela s’ajoute l'absence de nouvelles initiatives monétaires. Sauf si l’on interprète comme telle la « promesse » de maintenir le taux directeur à zéro jusque fin 2022 (au moins).

C’est aussi des États-Unis que sont venues les nouvelles fâcheuses au sujet du virus. Ces dernières semaines, nous avons souligné à plusieurs reprises que certains États étaient bien vite sortis du lock-down. Souvent des États avec un gouverneur républicain, aiguillonnés par le président Trump. Dans les « États désunis d'Amérique », même un virus a une couleur politique.

Et effectivement, dans plusieurs de ces États, le nombre de contaminations remonte. Par exemple en Floride et au Texas. Pour l’ensemble des États-Unis, la tendance n’est que légèrement à la hausse, ce qui relativise un peu les choses. Mais quoi qu'il en soit, la courbe ne présente pas la même amélioration aux États-Unis que dans la plupart des pays européens.

 

Les investisseurs s’inquiètent-ils à juste titre ?

Commençons par Jérôme Powell, de la Réserve fédérale. Oui, il s’est montré prudent. Et non, outre la période prolongée de taux zéro, il n'y a pas eu de nouvelle initiative. Mais que pouvait-on attendre d'autre ?

La Réserve fédérale, qui a été l'une des premières banques centrales à abaisser son taux en mars, soutient massivement différents marchés de crédit et de capitaux et fait dès lors gonfler son bilan de façon spectaculaire. Rien d'étonnant si les banquiers centraux affichent une certaine réserve. En outre, une banque centrale a surtout un rôle de soutien. L'aide directe aux ménages et aux entreprises doit venir de la politique budgétaire.

 

Une reprise qui n’est que progressive

L’inquiétude au sujet du virus est compréhensible. Sa propagation était et reste toujours un paramètre économique crucial.

Parmi les « activity trackers » (encombrement de la circulation, fréquentation des restaurants, ...), bon nombre évoluent dans le bon sens. Mais cela se fait progressivement. Chez de nombreux consommateurs, par exemple, la confiance reste fragile. Ceci, ajouté à la distanciation sociale persistante, empêche l'économie de retrouver rapidement son régime normal. Un vaccin serait un cadeau du ciel. Cela va de soi. Mais malgré des progrès qui semblent encourageants, il faudra attendre encore au moins six mois.

Pour l'heure, il faut donc « faire avec » et essayer d'éviter qu’une éventuelle deuxième vague prenne trop d’ampleur. Tant que cette incertitude se prolonge, la consommation reste sous le niveau normal et les entreprises hésitent à investir. Il est donc prudent d'infléchir quelque peu le positionnement en actions. Notamment après le « rallye » entamé fin mars.

 

Les meilleurs jours suivent souvent les pires

Mais une prudence excessive peut aussi s’avérer dangereuse. Surtout si l’on se projette quelques mois dans le futur. Ceci pour diverses raisons.

Premièrement, le niveau absolu de l'activité économique reste effectivement bas, mais l’évolution est positive. Ou disons de moins en moins négative. Et pour les marchés financiers, l’orientation est souvent plus importante que le niveau. Tant qu'il y a la perspective d'une reprise (avec nécessairement des hauts et des bas), les investisseurs peuvent prendre cela comme appui.

Deuxièmement, ne sous-estimons pas le soutien des banques centrales sous forme de liquidités massives. Tant dans la zone euro qu’aux États-Unis, la masse monétaire est en forte hausse. À côté des mesures budgétaires, d'une ampleur tout aussi grande, cela aide de nombreux consommateurs et entreprises à surmonter cette période difficile. De plus, une partie de cet argent afflue vers les marchés financiers et les taux d'intérêt restent bas. Ce qui peut, au final, inciter un nombre croissant d'investisseurs à franchir le pas et à se mettre en quête d'une certaine perspective de rendement.

Du reste, en dépit de la vive remontée des actions de ces derniers mois, la position moyenne en actions de bien des investisseurs n’est pas excessivement élevée. Ce qui nous apporte d’emblée un troisième argument. Il existe encore un potentiel supplémentaire en ce qui concerne la demande d’actions.

Une fois encore, cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas, en cours de route, de violentes turbulences. Une certaine prudence reste donc de mise. Mais le passé montre aussi que dans bien des cas, les meilleurs jours de bourse suivent directement les pires. Il est difficile de prévoir les fluctuations à court terme, et plus encore de les anticiper. Mais se tenir trop à l’écart du marché, et ainsi manquer ces « meilleurs jours », est préjudiciable pour le rendement final d'un portefeuille à un horizon un peu plus lointain.

Enfin, dans l’éventualité d’une résurgence du virus, la plupart des pays éviteront probablement un lock-down général. Pékin, où des mesures locales sont prises actuellement dans une partie de la ville, en est un exemple récent. Une plus grande capacité de testing et de suivi permet une meilleure concentration géographique des mesures de restriction.

 

Pas encore de fumée blanche pour le Fonds de relance

L'agenda macro est relativement peu fourni cette semaine. Ce matin, nous avons reçu des chiffres en provenance de Chine. Sur la production industrielle (+4,4% en glissement annuel) et les ventes au détail (-2,8%) en mai. Les deux illustrent le fait que l'économie chinoise remonte lentement la pente. Ces deux chiffres n’en restent pas moins légèrement inférieurs aux attentes.

Les chiffres américains des ventes au détail et de la production industrielle pour le mois de mai, qui arriveront cette semaine, devraient révéler la reprise progressive de l'économie.

Relevons enfin la réunion du Conseil européen. La proposition de la Commission européenne sur le Fonds de relance en sera le thème central. Il sera encore trop tôt pour un accord. Les divergences quant à l’ampleur, au financement et aux modalités (prêts ou dons) du fonds sont encore trop grandes. Nous attendons la fumée blanche finale au plus tôt dans le courant du mois de juillet.

 

 Publications macroéconomiques importantes  Du 15 juin au 19 juin
 Jour de publication  Chine  Publication de  Période  Consensus
 Lundi    Ventes de détail YoY  Mai  -2,8%
     Production industrielle YoY  Mai  +4,4%
 Mardi  États-Unis  Ventes de détail MoM  Mai  +8%
     Production industrielle MoM  Mai  +3%
   Allemagne  Indice ZEW  Juin  60,0
 Mercredi  États-Unis  Nouvelles constructions de logements  Mai  1,1 mio
 Jeudi  États-Unis  CB Leading Indicator MoM  Mai  +2,4%