Les investisseurs font-ils face à un dilemme ?

Les investisseurs font-ils face à un dilemme ?

Blog
09 juin 2020
La relation entre la bourse et l'économie est tendue.

Mais encore :

  • Il faut bien que l'économie soutienne les cours boursiers qui ont grimpé.
  • Les investisseurs tablent sur une reprise économique rapide, mais les dommages causés par la crise du coronavirus ne sont pas encore réparés.
  • Ne pas se réjouir trop vite des chiffres de l'emploi aux États-Unis.
     

 

Il y a une différence cruciale entre la période de crise actuelle et celle de 2008-09 avec la crise de l’euro deux ans plus tard : l'action des gouvernements. Ils ont retenu la leçon, en particulier dans la zone euro. Si à l’époque, les interventions s’étaient fait attendre, aujourd’hui les initiatives pleuvent de façon quasi permanente.

Songeons au programme budgétaire complémentaire de l’Allemagne à concurrence de 4 % du PIB. Ceci en plus des 8 % du PIB annoncés précédemment. Quant à la BCE, comme on s’y attendait, elle donne un nouveau coup d’accélérateur monétaire. Un coup énergique, même. Un supplément de 600 milliards d'euros au programme d’achat PEPP au-delà des 750 milliards déjà fixés, voilà qui est significatif. Par ailleurs, l'intention de réinvestir au moins jusque fin 2022 les obligations PEPP qui arrivent à échéance, montre que les répercussions économiques du coronavirus se feront sentir un bon moment encore.

La BCE exprime aussi ces perspectives en chiffres. Pour cette année, ‘Francfort’ prévoit une contraction de l'économie de près de 9 %. Avec en 2021 un mouvement de rattrapage progressif d’un peu plus de 5 % seulement. Madame Lagarde, présidente de la BCE, ajoutant que « la balance des risques est négative ». Ces chiffres correspondent aussi à ceux que nous prenons en compte dans notre politique d'investissement.

 

Dilemme pour les investisseurs

Cette situation place les investisseurs face à un dilemme. D’un côté, ils savent par expérience qu'il peut être dangereux d'aller à l’encontre des banques centrales. En d'autres termes, rien ne dit que la force motrice de la politique accommodante des banques centrales ne continuera pas à soutenir les cours. Comme c’est déjà le cas depuis fin mars, tant pour les actions que pour les obligations (d’entreprise).

D’un autre côté, il faut que l'économie réelle suive. Si les marchés financiers anticipent souvent sur les faits, au final il faut qu’un lien subsiste avec ces faits concrets. 
La question est de savoir si, après la remontée des actions de ces dernières semaines, ce lien n’est pas devenu fort tendu. Il semble en tout cas y avoir peu de marge pour des retards imprévus dans la réouverture des économies, pour de nouveaux chiffres économiques inférieurs aux attentes ou pour des nouvelles décevantes dans la lutte contre le virus.

Pour l’heure, on n’observe pas de résurgence notable du virus après la levée progressive des restrictions. Cela permet de garder le moral. Et encore une fois, la puissance et la force des banques centrales sont significatives. Mais cet équilibre entre économie financière et économie réelle n’en reste pas moins délicat. Ces deux dernières semaines, les secteurs cycliques à la bourse (banques, automobile, etc.) ont pris le relais des acteurs technologiques. Sans avoir entièrement rattrapé le retard subi depuis le début de la crise du coronavirus. Pour cela, il reste un long chemin à parcourir dans la reprise économique. Et cela sans trop de contretemps intermédiaires.

 

Des chiffres étonnamment bons en provenance des États-Unis

Après la BCE, c’est au tour de la Fed de tenir, cette semaine, une nouvelle réunion stratégique. Nous attendons peu de changements.

À l’instar de l’Europe, les États-Unis s’efforcent de s’extirper du lock-down. Ce qui commence à se refléter dans les chiffres. Les ventes de voitures ont repris et les taux bas poussent les demandes de prêt hypothécaire à la hausse. Une partie concerne des refinancements, mais certainement pas la totalité.

En outre, le rapport sur le marché du travail pour le mois de mai a surpris positivement vendredi dernier. Plutôt que de baisser, le nombre d'emplois est reparti à la hausse. Tout d'abord dans les secteurs qui ont rouvert, comme l’horeca, mais aussi de manière plus large.

Il reste à voir si ce rapport marque l’amorce d’un revirement définitif. Après la chute libre qu’a connue le marché de l'emploi américain ces derniers mois, le chiffre de vendredi n’est qu’une très légère inflexion vers le haut. Avec ses 13,3 %, le taux de chômage reste élevé. Un chiffre qui, de surcroît, est quelque peu flatté suite à des erreurs dans la collecte des données.

Il se peut, du reste, que la politique du gouvernement ait légèrement perturbé les chiffres.  Les petites entreprises ont en effet reçu des prêts pour surmonter la période d'inactivité. Si elles remettent au travail leurs employés temporairement inactifs, ce prêt devient une subvention pure et simple. Mais ces entreprises ne procéderont-elles pas encore, à un stade ultérieur, à une réduction de leur personnel ?

Quoi qu'il en soit, tout voyage commence par un premier pas. Ce qui semble avoir aussi été le raisonnement des marchés financiers, qui ont réagi de façon quasiment euphorique. Et maintenant que les pays membres de l'OPEP et la Russie sont parvenus à un accord sur une prolongation des limitations de la production, ce qui va soutenir temporairement le prix du pétrole, les producteurs de pétrole de schiste vont peut-être pouvoir, à leur tour, apporter leur écot à l’économie américaine.

 

Chiffre commerciaux médiocres et mesures de soutien persistantes en Chine

Pour le reste, l’attention se portera encore sur la Chine ces prochains jours. Les décideurs chinois ont, dans une large mesure, renoncé à se focaliser sur la réduction de la dette.  Ce qui se traduit par une accélération de la croissance du crédit et, plus généralement, de la croissance monétaire. Selon toute attente, les nouveaux chiffres de cette semaine confirmeront cette tendance.

La Chine a publié hier des chiffres commerciaux médiocres pour le mois de mai. Ce qui est logique. Tant les importations que les exportations continuent à souffrir du manque de dynamisme au niveau mondial.  Si les décideurs chinois veulent atteindre leur objectif de maintenir le taux de chômage à 6 %, ils n’ont donc guère d’autre choix que de continuer à fournir à l'économie nationale l'oxygène budgétaire et monétaire dont elle a besoin.

 
 Publications macroéconomiques importantes Du 08 juin au 12 juin 
 Jour de publication  Région/pays  Publication de  Période  Consensus
 Mercredi  États-Unis  Inflation CPI YoY  Mai  0,2%
     Inflation de base CPI YoY  Mai  1,3%
     Réunion stratégique de la Fed    
 Vendredi  Chine  Croissance de l'encours de crédits YoY  Mai  13,2%
     Croissance monétaire YoY (M2)  Mai  11,3%
   Zone euro  Production industrielle MoM  Avril  -20%
   États-Unis  Confiance des consommateurs (U. Mich.)  Juin  74,8v