Y aura-t-il un fonds d'investissement européen ?

Y aura-t-il un fonds d'investissement européen ?

Blog
25 mai 2020
La discussion sur un fonds de relance ou d’investissement pour l'économie européenne concerne au plus haut point les investisseurs.

Mais encore :

  • Un fonds d’investissement profite à tous les pays européens.
  • Le sentiment économique parmi les entreprises et les consommateurs reste à un niveau bas.
  • Réduire la dette colossale n’est plus tellement une priorité en Chine.
     

 

Dans une interview de presse (De Tijd, 22/05/20), Frank Snowden, historien de la médecine, soulignait le rôle que les maladies et les pandémies ont joué dans les guerres mondiales. La fièvre jaune dans la colonie française d'Haïti a ainsi contraint Napoléon à renoncer à ses ambitions sur le continent américain. Le moustique de la malaria a quant à lui contribué à donner le coup de grâce à l’Empire romain.

Il est encore trop tôt pour affirmer catégoriquement que le Covid-19 aura des effets structurels sur l’état géopolitique et économique du monde. Mais la probabilité est réelle. Prenons par exemple l'Union européenne et la zone euro.

 

Du Fonds de relance ...

Cette semaine, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a mis sur la table une proposition de budget de l'UE pour la période 2021-27. Avec en corollaire un ‘Fonds de relance’ spécifique pour aider l'économie à reprendre le dessus après le Covid-19.

Macron et Merkel avaient déjà donné le ton lundi dernier. Et les réactions n’avaient pas manqué. D’une part, parce que le financement du fonds se ferait par le biais de dettes à émettre conjointement ; d'autre part, parce qu’on travaillerait avec des transferts financiers. Des pays tels que les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Suède ne voient pas cela d'un bon œil. Ils veulent limiter autant que possible la dette commune au niveau européen. Ils préfèrent en outre accorder des prêts plutôt que de ‘faire des dons’ (transferts).

Néanmoins, la proposition de la Commission européenne devrait présenter de nombreuses similitudes avec le raisonnement franco-allemand. Il appartiendra ensuite au Conseil européen (chefs d'État et de gouvernement) de trancher à la mi-juin. Ce qui promet encore des débats animés. Mais si l’idée d'augmenter les dettes communes et les transferts s’impose à celle des emprunts, le nouveau coronavirus aura bel et bien contribué à dévier (légèrement) le cours de la rivière Europe.

 

... au Fonds d'investissement

Avec l'introduction de l'euro et la mise en place de la BCE, la politique monétaire est déjà européanisée depuis deux décennies. Pendant tout ce temps, la politique budgétaire est restée entre les mains des États-membres individuels. La conséquence est que dans les situations de crise, la pression pour préserver la zone euro repose presque exclusivement sur la banque centrale. Celle-ci est la seule, pour ainsi dire, à pouvoir prendre des mesures rapides et décisives qui s’appliquent à toute la zone euro.

Mais conduire une voiture, cela se fait de préférence avec les deux mains sur le volant. Deux mains qui travaillent en coordination. Il en va de même pour la conduite de la voiture économique : actionner de concert la main monétaire et la main budgétaire augmente les chances de ne pas partir en dérapage. Rendre commune une part plus importante de la politique budgétaire s'inscrit dans cette logique. Le Covid-19 touche en effet tous les pays.

Évidemment, le point de vue des pays réticents se comprend également. Ne fût-ce que par le fait que les principaux bénéficiaires (probables) de l'aide sont précisément des pays qui, ces dernières années, auraient pu en faire plus pour mettre leur budget en ordre.

Mais l’important, en définitive, est l’usage qui sera fait de l’aide financière. S'il s’agit uniquement de combler les trous dans les budgets courants (soins, enseignement, pensions, etc.), les opposants ont raison. Pour aider à répondre aux besoins à court terme, d'autres programmes ont été concoctés. Et à moyen terme, chaque pays doit veiller lui-même à s’assurer des moyens budgétaires réguliers suffisants.

Mais si le Fonds de relance constitue un véritable Fonds d'investissement, c'est une autre histoire. Car les investissements (infrastructures, 5G, recherche, etc.) augmentent le potentiel de croissance structurelle à plus long terme. Ce qui profite non seulement aux pays bénéficiaires individuels, mais aussi à la zone euro dans son ensemble.

Pour reprendre un cliché : la force d'une chaîne se mesure à son maillon le plus faible. L’écart entre les différents maillons de la zone euro en termes de résilience économique ne doit pas trop s’agrandir, au risque que la chaîne se brise. Et que des maillons individuels, y compris les plus solides, se retrouvent lâchés et esseulés s’ils doivent se débrouiller seuls sur le grand terrain de jeu mondial.

Une fois de plus, ces questions et d'autres encore feront l’objet de vives discussions dans les semaines à venir. Qui concernent aussi au plus haut point les investisseurs. En témoignent les réactions positives, au début de la semaine dernière, à l’initiative franco-allemande : les actions ont monté, tandis que l’écart de taux (spread) entre le sud de l'Europe et l’Allemagne s’est réduit. Une réponse budgétaire européenne solide et tournée vers l’avenir n'est pas une condition suffisante pour finalement surmonter la crise. Mais sans doute est-ce une condition nécessaire.

 

Des signes encourageants redonnent un peu de confiance

Si l'on se tourne vers les chiffres macro à l’agenda de cette semaine, il y a d’abord et avant tout l'indicateur IFO allemand. Nous nous attendons à un schéma similaire à celui des Markit PMI : une légère reprise, mais un niveau bas persistant en termes absolus. Il en va de même pour l'indicateur du sentiment économique de la Commission européenne (à paraître jeudi). Dans les deux cas, l'assouplissement prudent des restrictions sociales des dernières semaines se fait sentir.

 

La BCE se prépare-t-elle à en faire plus ?

Les nouveaux chiffres de l'inflation pour la zone euro reflèteront, quant à eux, à la fois l'impact de la baisse des prix de l'énergie et celui du coronavirus. Ce qui donnera à la BCE des arguments supplémentaires pour élargir encore ses mesures de soutien. Par exemple en relevant à nouveau les volumes d'achat sur les marchés obligataires, ou même en les étendant à des obligations d’entreprise de qualité moindre. À l’instar de la Réserve fédérale. Mais cela, c’est pour la semaine prochaine, lors de la nouvelle réunion stratégique du 4 juin.

 

Nouveaux incitants chinois

Pointons enfin les indices chinois des directeurs d'achat émanant du bureau officiel des statistiques (NBS). Ils sont attendus samedi. Comme on le sait, la Chine peut être annonciatrice de la manière dont la reprise peut se dérouler chez nous.

En deux mots, cela semble se résumer comme suit : ‘constamment’, mais ‘progressivement’. Ces derniers jours, on a ainsi observé, à l'occasion du Congrès national annuel du peuple, que les décideurs chinois n’avançaient aucun objectif de croissance spécifique. Preuve que tout ne marche pas encore comme sur des roulettes.

Dans le même temps, il y a eu l'annonce d'un plan de relance complémentaire à hauteur de 4 % du PIB. Depuis 2018, la Chine recherchait un équilibre entre, d'une part, stimuler la croissance et d'autre part, garder sous contrôle la dette colossale. Ce dernier point semble à présent moins prioritaire. Assurer la croissance et préserver la paix sociale, voilà la priorité.

 

 Publications macroéconomiques importantes  Du 25 mai au 29 mai
 Jour de publication  Région/pays  Publication de  Période  Consensus
 Lundi  Allemagne  Indicateur PFO  Mai  78,3
 Mardi  États-Unis  Confiance des consommateurs CB  Mai  88,0
 Jeudi  Zone euro  Sentiment économique EC  Mai  70,6
   États-Unis  Commandes de biens durables MoM  Avril  -18,1 %
     PIB (base annuelle, 2e estimation)  1Q20  -4,8 %
 Vendredi  Zone euro  CPI inflation YoY (flash)  Mai  0,1 %
     CPI inflation de base YoY (flash)  Mai  0,8 %
   États-Unis  Revenu personnel MoM  Avril  -6,5 %
     Dépenses personnelles MoM  Avril  -12,5 %
 Samedi  Chine  NBS Manufacturing PMI  Mai  
     NBS Services PMI  Mai