Luc Aben montre quant à lui son appréciation pour la BCE

Luc Aben montre quant à lui son appréciation pour la BCE

Blog
05 mai 2020
La réaction de déception des marchés financiers est injustifiée : les mesures cadrent avec le contexte européen.

En bref :

  • L’action de soutien de la BCE concorde avec la manière dont les entreprises européennes se financent.
  • Le secteur tertiaire américain est durement touché par la crise du Covid-19.
  • Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine sont de retour.

Trente millions d’Américains ont perdu leur emploi au cours des six dernières semaines. Cela promet pour le nouveau rapport sur le marché du travail attendu vendredi. Si les États-Unis affichaient encore, jusqu’il y a peu, un taux de chômage historiquement bas, il est entre-temps monté en flèche. Sans doute aux alentours de 16%.

Ce n’est guère surprenant pour une économie qui est constituée à plus de 80% de services. Les secteurs de services sont particulièrement affectés par la crise du coronavirus. Difficile, dans ces conditions, de prédire à quel niveau se situera demain l’ISM Non-Manufacturing (indice des directeurs d'achats du secteur tertiaire) pour le mois d'avril. Mais il ne fait guère de doute qu'il sera lui aussi historiquement bas. De même, il ne fait guère de doute que les Markit PMI définitifs qui seront dévoilés cette semaine dans le monde seront tout aussi déplorables que leurs premières estimations d’il y a deux semaines.


Tensions États-Unis - Chine

Fin de la semaine dernière, les commentaires prudents des géants des techs Amazon et Apple ont terni le climat sur les marchés d'actions. Tout comme la rhétorique acérée de Trump à l’égard de la Chine, avec entre autres la possibilité de nouvelles sanctions commerciales, a rendu les investisseurs nerveux. Pompeo y a encore ajouté une couche le week-end dernier. Avec les élections présidentielles en vue, les tensions (commerciales) sino-américaines, qui s’étaient (momentanément) estompées, ont repris de plus belle. Ce qui ne fait qu’ajouter à l’inquiétude des investisseurs.

Trop peu d'appréciation pour la BCE ?

Les marchés s’étaient déjà montrés déçus suite à la réunion de la BCE de jeudi dernier. L’idée maîtresse, dans la résolution de la BCE, était d'inonder le système bancaire avec des liquidités encore plus abondantes et encore meilleur marché. Dans le but que ces banques rétrocèdent ces moyens aux entreprises et aux ménages.

En soi, cela cadre parfaitement avec l’idée d’injecter suffisamment d’oxygène financier dans le tissu économique en cette période difficile. Ceci afin de maintenir ce tissu en vie dans l’attente de la réouverture de l’économie. Mais les investisseurs avaient espéré un soutien additionnel spécifique pour des pays spécifiques. Lisez : pour l’Italie.

Avec le programme OMT, la BCE dispose d'un instrument lui permettant d’accorder une telle aide spécifique. Les administrateurs de la BCE ont cependant mis les freins. Notamment parce que cette crise corona est un choc pour tous les pays. Et non pour un seul ou un nombre limité de membres de l’euro. D'autre part, l’écart de taux entre les obligations souveraines des ‘méridionaux’ et celles de l’Allemagne a certes augmenté ces derniers jours, mais n’a pas (encore ?) atteint des niveaux de tension aigus.

Une fois encore, les marchés avaient espéré plus. On peut néanmoins se demander si c’est justifié. Les actions actuelles de la BCE sont pour le moins massives. Elles cadrent aussi avec la manière dont les entreprises européennes se financent principalement, à savoir via les banques. Contrairement à leurs homologues américaines, les entreprises européennes se tournent moins vers les marchés de capitaux. Dès lors, les mesures qui permettent aux banques de se financer à moindre coût sont cruciales dans le contexte européen.

En outre, Lagarde a souligné à maintes reprises, pendant la conférence de presse, que la banque centrale se montrerait flexible. Autrement dit : s'il le faut, elle en fera plus. Mais dans la ‘meilleure’ tradition européenne, cela n’arrivera sans doute qu'à partir du moment où les marchés financiers lui mettront un peu plus fermement le couteau sous la gorge.


Des lock-downs assouplis

Au-delà des programmes de soutien fiscaux et monétaires, les marchés se sont évidemment cramponnés, ces dernières semaines, à l’assouplissement progressif des mesures de confinement.

Tant en Europe qu’aux États-Unis, cet assouplissement semble quelque peu se mettre en place à partir de cette semaine. En croisant les doigts pour que cela ne conduise pas à une nouvelle flambée de l’infection et à la nécessité de réinstaurer des mesures plus restrictives. Les spécialistes se montrent particulièrement inquiets à propos des États-Unis. La moitié du pays va de nouveau ‘s’ouvrir’ aujourd'hui. Après seulement quatre à cinq semaines de restrictions ... 

 

Les clients de la Chine en lock-down

En ce qui concerne la Chine, enfin, nous attendons jeudi les chiffres des importations et des exportations pour le mois d'avril. Les premiers donneront une indication de l’évolution de la situation intérieure, les seconds de la dynamique (ou du manque de dynamique) dans le reste du monde.

Selon les baromètres de la confiance des entrepreneurs chinois que nous avons reçus ces derniers jours, les commandes à l’exportation fondent. Ce qui n’est évidemment pas une surprise. Après que la Chine s’est trouvée en lock-down, c’est le tour à présent de ses clients externes.

Concentrons-nous dès lors sur les chiffres des importations. Et voyons s’ils confirment la lente reprise économique chinoise. Nous observerons si les Caixin Services PMI (confiance des entrepreneurs du secteur tertiaire, publication jeudi) contiennent un signal similaire.

 
 Publications macroéconomiques importantes Du 4 mai au 8 mai 
 Jour de publication  Région/pays  Publication de  Période  Consensus
 Lundi  États-Unis  Commandes d'usine MoM  Mar  -9,8%
 Mardi  États-Unis  ISM Non-Manufacturing  Avr  32,0
 Mercredi  Zone euro  Ventes de détail YoY  Mar  -9,0%
 Jeudi  Chine  Exportations YoY  Avr  -12,1%
     Importations YoY  Avr  -12,4%
     Caixin Services PMI  Avr  
 Vendredi  États-Unis  Croissance des emplois  Avr  -21 mio
     Chômage  Avr  16,0%
     Salaires horaires YoY  Avr  3,3%