Luc Aben craint le “chacun pour soi” dans la course au vaccin

Luc Aben craint le “chacun pour soi” dans la course au vaccin

Blog
19 mai 2020
Disposer d’un vaccin est vital pour l’économie.

En bref :

  • Les données anecdotiques démontrent que l’économie redémarre très progressivement.
  • Une interprétation prudente des indices des directeurs d'achat est de mise.
  • Des scores plus élevés donneraient à penser que le creux de la vague est peu à peu derrière nous.

 

Paul Hudson, CEO de la société pharmaceutique Sanofi, a dû essuyer, la semaine dernière, une petite tempête. Il a dit qu’un éventuel vaccin contre le Covid-19 bénéficierait en premier lieu aux États-Unis. Il a bien vite été « invité » par l'Élysée à venir se faire tirer les oreilles par Emmanuel Macron un de ces prochains jours. Sur quoi, Sanofi a rapidement revu sa communication, le nouveau message étant qu’un vaccin sera – cela va de soi – mis à disposition simultanément à un maximum d’endroits.

Nous verrons ce qui se passera quand ledit vaccin sortira effectivement. Mais en dépit de toutes les belles paroles, il est probable que chaque pays tentera d’être dans les premiers sur la liste. Chacun pour soi. Comme cela a été le cas tout au long de la crise du coronavirus. Chacun suit son propre chemin. Chacun a sa politique. 
En soi, cela peut se justifier. Les pays ou régions, en effet, ne sont pas tous affectés de la même manière. Mais le patchwork de mesures non coordonnées complique le redémarrage de l'économie. Songez par exemple à la réouverture des frontières intérieures de l’Europe. Une approche globale permettrait d'éviter que les pays établissent un enchevêtrement d'accords bilatéraux. Ce qui est peu à peu en train de se passer.

 

Interprétation prudente des indices des directeurs d'achat

Dans de nombreux pays, l'activité économique redémarre. Très progressivement. Comme le montrent certaines données anecdotiques, comme les chiffres de la mobilité de Citymapper et TomTom, la route est encore longue. En Europe et aux États-Unis, la mobilité se situe entre 10% et 20% de la normale. En Asie c’est un peu plus, mais là aussi on dépasse à peine 25%.

Ces chiffres vont évidemment s'améliorer à mesure que le nombre de personnes reprenant le travail augmentera. Et que l’on évitera la tant redoutée ‘deuxième vague’. Dans des pays comme le Danemark ou l'Allemagne, les chiffres offrent déjà quelques perspectives. Ces pays sont relativement avancés en termes d'assouplissement, sans que le nombre de nouvelles infections n’explose.

L'un des secteurs les plus importants pour l’activité globale est la construction. Aujourd'hui et demain, nous attendons l'indice américain NAHB (confiance des constructeurs d'habitations) et les chiffres d'avril sur les nouvelles constructions de logements et les nouveaux permis de bâtir.

Ensuite, il y a les premières estimations en ce qui concerne les Markit PMI de mai. Bien que l'économie tourne encore en mode mineur, il est fort possible que ces indices des directeurs d'achat affichent une forte hausse. Cela tient au mode de calcul.

Cela se fait essentiellement sur la base de la question suivante : « la situation chez vous est-elle meilleure ou moins bonne qu’il y a un mois ? ». Vu le redémarrage prudent amorcé ces dernières semaines dans de nombreuses régions, il se peut qu’un plus grand nombre réponde « meilleure ». Avec comme conséquence un bond de l’indice. Cela même si le niveau absolu de l'activité reste médiocre.

Une certaine prudence s’impose donc dans l'interprétation des chiffres. Néanmoins, des scores plus élevés donneraient à penser que le creux de la vague est peu à peu derrière nous. Un constat qui pourrait, par la suite, redonner courage aux investisseurs.

 

Le consommateur reprend-il un peu confiance ?

Dans la zone euro également, les Markit PMI sont le principal point à l’agenda macro de cette semaine. Avec les mêmes réserves que pour les scores de confiance américains. Dans l’intervalle, nous attendons également l'indice ZEW (confiance des investisseurs institutionnels allemands) et la confiance des consommateurs.

Ce dernier chiffre présente évidemment une forte corrélation avec l’évolution de l'économie réelle. De plus en plus de gens craignent pour leur emploi. Ce qui pèse sur le climat général. D'un autre côté, la levée partielle des restrictions sociales a un effet positif. Au bout du compte, nous nous attendons à un score plus élevé que le mois précédent, mais à un niveau toujours (très) bas.

 

Congrès du peuple chinois

Mentionnons enfin l’ouverture, vendredi, du Congrès national du peuple chinois. Le Parlement, en quelque sorte. L'occasion, qui sait, de mettre en avant des mesures incitatives supplémentaires ?

Avant qu'éclate la crise du coronavirus, la Chine recherchait un équilibre entre soutenir l'économie et garder sous contrôle la dette colossale. Selon de récents signaux, cette dernière préoccupation semble toutefois reléguée quelque peu au second plan.

 

Publications macroéconomiques importantes Du 18 mai au 22 mai
Jour de publication Région/pays Publication de Période Consensus
Lundi  États-Unis  Indice NAHB  Mai  33,0
Mardi  États-Unis  Nouvelles constructions de logements MoM  Avr  950K
     Permis de bâtir MoM  Avr  1mio
   Allemagne  Indice ZEW  Mai  33,5
Mercredi  Zone euro  Confiance des consommateurs  Mai  -23,4
Jeudi  Zone euro  Markit PMI Manufacturing (flash)  Mai  38.0
     Markit PMI Services (flash)  Mai  25,0
   États-Unis  Markit PMI Manufacturing (flash)  Mai  37,8
     Markit PMI Services (flash)  Mai  30,0