Le marché obligataire perd patience. A quand le programme de relance économique pour l’Europe ?

Le marché obligataire perd patience. A quand le programme de relance économique pour l’Europe ?

Blog
21 avril 2020
Luc Aben considère la coopération européenne comme un délicat exercice d’équilibre.

Un programme de relance économique pour l’Europe est urgent, le marché obligataire perd patience.

En bref :

  • Le sommet Européen de cette semaine sera décisif
  • Une coopération européenne forte est indispensable à la reprise économique
  • Les indices rétrospectifs de la baisse de confiance des entrepreneurs et des consommateurs perdent de l’importance

La semaine dernière, nous écrivions que pour que l’état d’esprit se maintienne parmi les investisseurs, il faut que la lumière au bout du « tunnel de la propagation » reste visible. Ces derniers jours, cela a été effectivement le cas. Dans un nombre croissant de pays, des plans émergent pour une levée progressive des mesures de restriction à partir de début mai/mi-mai. 

Mais la réouverture de l’économie s’annonce comme un processus de longue haleine. C’est ce que nous apprennent les expériences récentes dans des pays comme la Chine, la Corée du Sud ou Singapour. L'activité reprend, mais elle reste toujours bien en-deçà de la normale. En témoignent des données anecdotiques comme l’encombrement de la circulation ou l’utilisation du métro dans les grandes villes. 

D'autre part, la Chine met toutes voiles dehors pour tenter d’enrayer une nouvelle poussée de l’épidémie à Harbin (10 millions d'habitants), une ville du nord-est. Ce qui nous rappelle que le risque d'une résurgence du virus est bien réel. Bref, nous n'y sommes pas encore...

 

Jusqu'où est descendue la confiance des entrepreneurs ?

Dans les prochains jours, l’agenda macro sera dominé par les Markit PMI aux États-Unis et en zone euro, la confiance des consommateurs européens et l’indice IFO en Allemagne. La question n’est pas de savoir si tous ces baromètres de la confiance auront encore baissé, mais dans quelle proportion. 

Il se peut que les marchés financiers s’en effraient momentanément, mais au final l’importance de ces indicateurs rétrospectifs est moins grande que celle des données prospectives. Notamment celles qui concernent la propagation du virus et le « chemin de relance » de l'économie.

Sommet européen tendu

Cette semaine, le domaine politique sera tout aussi important, sinon plus. Jeudi, il y aura une réunion de concertation entre les chefs d’État et de gouvernement européens. L'ordre du jour comprend l'aide aux pays durement touchés, mais aussi le rôle que l'Europe peut jouer pour stimuler la croissance économique future. 

Avec une question épineuse : les émissions communes d’emprunts pour récolter des moyens financiers. Autrement dit des emprunts dont tous les pays de la zone euro sont garants. Même si le bénéficiaire de l'aide financière s’avère incapable de rembourser dans le futur.

Devise sans pays, pays sans devise

L'euro est une monnaie sans pays propre, tandis que les usagers de l’euro sont des pays sans monnaie propre. 

La politique monétaire unifiée est l'un des piliers de l'unification européenne. Sur le plan budgétaire, une telle uniformisation est inexistante. Ici, la « politique » commune se limite pour l’essentiel à des directives sur le déficit autorisé (la norme des 3%) et la dette publique (la norme des 60%). 

Après la crise de l'euro, des pas prudents ont été franchis en matière de dettes communes. Des pas très prudents. Songeons au MES (Mécanisme européen de stabilité), qui peut venir en aide financièrement à des pays en récoltant de l’argent via des obligations dont tous les pays de la zone euro sont finalement garants. L'aide du MES est cependant assortie de conditions. Des conditions en termes de « réformes structurelles » : économies et/ou mesures visant à rehausser le modèle de revenus d'un pays.

Face à la crise du coronavirus, les ministres des Finances ont prévu un budget MES de 240 milliards d'euros pour ceux qui pourraient en avoir besoin. Cette fois avec des conditions très souples compte tenu des circonstances exceptionnelles. Mais des pays comme l'Italie, l'Espagne ou la France hésitent encore face au climat « stigmatisant » qui entoure le MES. 

 

Boîte de Pandore

Le Président Macron a été très clair dans une interview au Financial Times : si l'Europe ne parvient pas, dans les circonstances actuelles, à unir ses forces (financières), c’est tout le projet européen qui risque, à terme, de s’écrouler. Les pays du nord (comme l'Allemagne et les Pays-Bas) craignent toutefois que l’on ouvre ainsi une « boîte de Pandore ». Avec certains États membres qui, de plus en plus, font reposer leur responsabilité financière sur l’Europe commune. Et avec l'électorat néerlandais ou allemand, par exemple, qui au final se voit présenter la note.

 

Théorie contre pratique

Du point de vue du manuel économique, des budgets plus « communs » sont la logique même. Plus le champ d'application de la politique monétaire (la BCE) et de la politique budgétaire convergent, plus grande est l’efficacité. 

D'autre part, il y a évidemment la réalité sociale et politique. Une coopération trop chiche peut faire s’effriter le soutien en faveur de l’Union européenne et de l’euro dans le sud de l’Europe. D’un autre côté, une coopération perçue comme trop large peut enclencher un processus similaire dans le nord de l’Europe. Un délicat exercice d’équilibre, donc.

Chacun doit prendre conscience que la solidité d’une chaîne est déterminée par son maillon le plus faible. Si cette chaîne européenne venait à se rompre, tout le monde en ferait l’amère expérience. Tous, en effet, récoltent les fruits de la prospérité dans le reste de la zone euro. Sans parler des conséquences géopolitiques au niveau mondial.

Il y aura donc énormément en jeu ce jeudi. Comme le veut la tradition européenne, il n’y aura sans doute pas encore d'accord global cette semaine. Mais s'il subsiste un réel espoir que la coopération européenne puisse jouer un rôle dans la relance économique, nous aurons déjà fait un pas en avant. 

 

 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 20 avril
au 24 avril

Jour de publication

Regio/land

Publicatie van

Période

Consensus

Mardi

Allemagne

Indice ZEW

Avr

-41,7

Mercredi

Zone euro

Confiance des consommateurs

Avr

-18,5

Jeudi

Zone euro

Markit PMI Manufacturing (flash)

Avr

39,6

 

 

Markit PMI Services (flash)

Avr

25,0

 

États-Unis

Markit PMI Manufacturing (flash)

Avr

38,5

 

 

Markit PMI Services (flash)

Avr

32,5

Vendredi

Allemagne

Indice IFO

Avr

80,0

 

États-Unis

Commandes de biens durables MoM

Mar

-11,8%

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot