L’impensable est devenu pensable pour les banques centrales

L’impensable est devenu pensable pour les banques centrales

Blog
29 avril 2020
La BCE, La Fed et la Banque du Japon passent en mode ‘whatever it takes’

La BCE, La Fed et la Banque du Japon passent en mode  ‘whatever it takes’.

 

En bref :

  • La Fed achète des obligations d’entreprise à faible solvabilité. La BCE en fera-t-elle autant ? 
  • L’indice de confiance de l’industrie aux Etats-Unis probablement à la baisse
  • La China nous apprend qu’un retour à la normale se fait progressivement.
     

Ces dernières semaines, les banquiers centraux ont adopté, à l’allure d'un TGV, des mesures qui, récemment encore, étaient pratiquement impensables. Tant en termes de volume qu’en ce qui concerne le contenu des interventions. Hier, la Banque du Japon a débuté la semaine en annonçant qu'elle pouvait acheter des obligations d'État japonaises sans limite. 

Avant cela, la Réserve fédérale (Fed) avait déjà fait savoir qu’elle intervenait aussi, désormais, sur le marché des obligations d’entreprises à faible solvabilité (non-investment grade). Pour faire en sorte que ce marché continue de tourner. D'autres part, Powell et ses collègues jouent un rôle de coordination dans la mise en œuvre concrète des programmes d'incitation du gouvernement américain. C’est ainsi que les crédits-ponts aux petites entreprises fournis par le « Main Street Lending Program » passent par la Fed. Qui aurait osé le prédire il y a six ou sept semaines ?

Ce mercredi, une réunion stratégique régulière de la Réserve fédérale est à l’agenda. Maintenant que les marchés financiers ont retrouvé un peu de calme (relatif), nous ne pensons pas que la Fed annoncera d'autres initiatives cette semaine. Si ce n’est, peut-être, un soutien supplémentaire dans le cadre du financement des administrations locales. Mais pour le reste, elle se limitera probablement à faire le point. Tant sur l'état d'avancement des différents programmes de soutien que sur sa perception de la situation économique. 

En ce qui concerne l'économie américaine, nous recevrons aussi, demain, une première estimation de la croissance au premier trimestre. Ces trois premiers mois ont encore connu, pour l’essentiel, un déroulement normal aux États-Unis. Ce n’est qu’à partir de la mi-mars que le Covid-19 a commencé à frapper. Malgré cela, le taux de croissance sera négatif.

Mais les paramètres qui permettent d'évaluer la situation actuelle et future sont plus significatifs que ce chiffre rétrospectif. À cet égard, nous recevrons vendredi l’ISM Manufacturing (indice des directeurs d'achat dans l’industrie) pour le mois d'avril. La semaine dernière, nous avons appris que l'indice « homologue » Markit PMI était retombé à 36,9. Contre 48,5 le mois précédent. Pour l’ISM Manufacturing, une évolution similaire est à prévoir. Ce qui serait évidemment une lourde chute. L'industrie souffre. Pourtant, cette crise est avant tout celle du secteur des services. C’est là que les différents indicateurs (de confiance) frappent le plus fort. 

 

« Whatever it takes » à la BCE

Pour la zone euro aussi, nous allons recevoir une première estimation du taux de croissance au premier trimestre. Ainsi que les baromètres de confiance pour les entrepreneurs et les consommateurs tels que mesurés par la Commission européenne. Mais c’est surtout la réunion stratégique de la BCE de jeudi qui attirera tous les regards. 

À l’instar de la Fed, la BCE est passée rapidement en mode « whatever it takes », à savoir user de tous les moyens pour maintenir le système financier en ordre de marche. Avec ici aussi des mesures qui, il y a deux mois, étaient encore jugées extrêmement improbables. Songeons à l’abandon de la clé de répartition dans le cadre du programme de rachat d'obligations d'État. Normalement, ces achats se font proportionnellement à la taille des économies des pays de la zone euro. Ce principe est largement abandonné. Les marchés obligataires qui ont besoin de plus de soutien, comme celui de l’Italie, le reçoivent. 

La BCE accepte aussi en gage des obligations à faible solvabilité (non-investment grade). En échange de liquidités aux institutions financières qui en ont besoin. Contrairement à la Fed, toutefois, la BCE n'intervient pas encore activement sur le marché pour ce genre de titres. Peut-être franchira-t-elle ce pas après-demain ? Cela confirmerait en tout cas l’état d’esprit qui règne à Francfort : « whatever it takes ».

Toutes ces mesures tracent un cadre, à l’intérieur duquel les différents États membres mettent en place une politique budgétaire accommodante. Chacun pour soi, pour la plupart. Même si les ministres des Finances, il y a deux semaines, se sont accordés sur un programme européen à hauteur de 540 milliards d'euros. Peut-être un premier pas vers une coordination plus européenne. Mais nous n’attendons pas de précisions à ce sujet avant la mi-mai. Lagarde, la patronne de la BCE, y est en tout cas favorable. Nul doute qu’elle abordera le sujet après-demain. 

 

La Chine comme laboratoire

En Chine, enfin, on attend les PMI (indices des directeurs d'achat) émanant du bureau officiel des statistiques NBS. Tant pour l'industrie que pour le secteur des services.

Du fait que la Chine était en avance dans les courbes d'infection et les mesures restrictives, c’est une sorte de laboratoire pour la manière dont les choses pourraient évoluer en Europe et aux États-Unis. Les dernières semaines nous ont en tout cas appris que cela se ferait très progressivement. Les expériences chinoises ont d’ores et déjà sérieusement mis à mal l'attente ou l'espoir d'un retour rapide à la normale. 

 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 28 avril
au 1er mai

Jour de publication

Région/pays

Publication de

Période

Consensus

Mercredi

Zone euro

Business confidence

Apr

 

 

 

Confiance des consommateurs

Apr

-22.7

 

États-Unis

PIB en base annuelle (1e estimation)

1Q20

-4.0%

 

 

Réunion stratégique de la Fed

 

 

Jeudi

Chine

NBS Manufacturing PMI

Apr

51.0

 

 

NBS Non Manufacturing PMI

Apr

 

 

Zone euro

PIB YoY (1e estimation)

1Q20

-2.9%

 

 

Inflation CPI YoY

Apr

0.1%

 

 

Inflation de base CPI

Apr

0.7%

 

 

Chômage

Maa

7.7%

 

 

Réunion stratégique de la BCE

 

 

 

États-Unis

Revenu personnel MoM

Maa

-1.5%

 

 

Dépenses personnelles MoM

Maa

-5.0%

Vendredi

États-Unis

ISM Manufacturing

Apr

36.7

 

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot