Luc Aben suit de près les baromètres de notre économie

Luc Aben suit de près les baromètres de notre économie

Blog
24 mars 2020
Les baromètres économiques révèlent l’impact de la crise du coronavirus

En bref :

  • Indice de confiance des entrepreneurs allemands plutôt sombre  
  • Scénarios économiques potentiels pour les semaines à venir
  • Van Lanschot oscille entre les scénarios de reprise économique en V ou en U

Les indicateurs économiques publiés cette semaine englobent peu à peu les « mois corona ». Tant que le virus faisait rage essentiellement en Chine, l'impact sur les économies américaine et européenne restait limité. C’est en train de changer radicalement.

C’est ainsi que nous avons déjà reçu, la semaine dernière, la prépublication de l'indice IFO allemand (confiance des entrepreneurs). L’indice partiel sous-jacent qui évalue l'activité actuelle est tombé à son plus bas niveau depuis janvier 2013. Quant à l'indice des attentes pour les prochains mois, il n'avait plus été aussi pessimiste depuis janvier 2009. Après-demain, nous allons recevoir le score IFO définitif. Il est fort probable que dans l'intervalle, il soit encore descendu un peu plus bas. 

Il va de soi que les Markit PMI provisoires (indice de confiance des directeurs des achats) pour le mois de mars, qui arrivent demain, seront bas eux aussi. Aussi bien aux États-Unis que dans la zone euro. 

 

La courbe

Ce genre de chiffres donne évidemment une indication de l'ampleur du choc économique. Mais en définitive, elle dépendra uniquement de deux chiffres concrets : l’évolution de la propagation du virus et le temps qu'il faudra pour que l'activité économique puisse reprendre (progressivement). 

Entre-temps, les décideurs font tout ce qu’ils peuvent pour limiter les dégâts autant que possible. Les banques centrales abaissent les taux, procurent des moyens financiers bon marché aux banques ou relancent et étendent leurs programmes d'achats (assouplissement quantitatif). Les gouvernements, pour leur part, prévoient un soutien par des mesures budgétaires massives. Même si aux États-Unis, cette aide budgétaire se fait attendre. Ces dernières heures, Démocrates et Républicains n’ont pas encore trouvé d’issue. Mais nous pensons qu'ils y arriveront aujourd’hui, ou au plus tard demain.

 

Discussion dans la zone euro

Les mesures budgétaires n’ont pas toutes pour effet de drainer les caisses de l’État. Il s’agit souvent de reports d'impôts ou de cotisations sociales, ou de garanties pour les crédits. Néanmoins, les dettes publiques vont grimper fortement.

Dans le sillage de la crise du coronavirus, les discussions classiques vont dès lors refaire surface au sein de la zone euro : dans quelle mesure peut-il y avoir une solidarité financière ? Les ministres des Finances se penchent sur le recours au Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce MES récolte des fonds auprès d'investisseurs via des emprunts pour ensuite venir au secours de pays spécifiques. Cependant, tous les pays de la zone euro sont garants de ces titres de dette MES. 

Pendant la crise de l'euro, la Grèce avait été secourue de cette manière. À la différence près qu’à l'époque, cette aide était assortie de conditions strictes en termes de réformes économiques. Dans les circonstances actuelles, imposer de telles conditions serait bien plus difficile et délicat. 

Quoi qu'il en soit, si les discussions actuelles devaient aboutir à un renforcement de la solidarité européenne, les investisseurs en seraient sans doute satisfaits à court terme. Mais pour apaiser réellement les investisseurs, il ne reste en fin de compte qu'un seul paramètre : la propagation du virus. 

 

Scénarios

Les temps que nous vivons illustrent on ne peut mieux à quel point l'investissement va de pair avec l'incertitude. D'où cette règle essentielle de la diversification. 

D'où, également, la nécessité pour l'investisseur de raisonner en termes de scénarios : qu’est-ce qui est le plus probable ? Quid si les choses évoluent différemment ? Quelle est la meilleure stratégie dans les différents environnements ? Et ainsi de suite ...

Notre politique est aussi une évaluation permanente de différents scénarios. Ceux-ci sont évidemment une combinaison de court et de long terme. Des prochains mois aux prochaines années.

Cette semaine, nous effectuerons une publication supplémentaire avec des détails et des commentaires plus précis. Mais voici déjà un résumé en ce qui concerne les scénarios à court terme (12 à 18 mois). En nous concentrant, pour l’heure, sur les marchés d'actions.

Comme nous l’avons souligné, le paramètre économique déterminant est actuellement la propagation du virus. Avec, en corollaire, le moment où l’économie pourra redémarrer. 

 

V ou U

Le scénario « idéal » est celui où ce redémarrage intervient rapidement. Une récession courte et intense, mais à partir du troisième trimestre, le pire est derrière nous. On peut appeler cela le scénario en V. Si les choses traînent un ou deux trimestres de plus, on parlera plutôt d'un scénario en forme de U. 

Quoi qu’il en soit, du point de vue de l’investisseur, l’essentiel est que dans les deux scénarios (V et U), les marchés d'actions aperçoivent, à un certain moment, le bout du tunnel. Et qu'ils n’attendent pas que l’on soit entièrement sorti du tunnel pour rebondir. Sachant que dans l’intervalle, de fortes baisses restent évidemment possibles, notamment dans un environnement en « U ». Mais la probabilité est grande que les indices boursiers, que l’on ait un « V » ou un « U », soient nettement plus élevés d’ici 12 à 18 mois.

 

W

Un « scénario en W » implique que le virus, qui semble sous contrôle dans un premier temps, flambe à nouveau. Si bien que le « bout du tunnel » évoqué ci-dessus n’apparaît qu’au deuxième trimestre de 2021. Ce qui implique automatiquement que le rebond des cours des actions est reporté. Mais qu’au bout du compte, il survient tout de même, avec force.

 

L

Un scénario défavorable est celui en forme de « L » : les mesures restrictives restent longtemps en vigueur, l'économie continue de piétiner et/ou le soutien financier des banques centrales et des gouvernements s’avère insuffisant. La déception quant au manque de signes encourageants peut alors pousser les actions davantage vers le bas.

En ce moment, dans notre politique, nous oscillons quelque part entre les scénarios V et U. Le message étant dans tous les cas, pour les actions, que les mauvaises nouvelles sont déjà largement prises en compte dans les cours. Le sentiment des investisseurs est actuellement au pessimisme. Mais évidemment, si ce V ou ce U prend une forme plus concrète dans les prochaines semaines, ce sentiment pourrait rapidement s’inverser. À condition toutefois que dans l’intervalle, les mesures monétaires et budgétaires puissent maintenir suffisamment « à flot » les consommateurs et les entreprises.

Comme indiqué ci-dessus, nous exposerons ces scénarios de manière plus détaillée dans les prochains jours.


 

Publications macroéconomiques importantes 

Du 23 mars tot

au 27 mars

Jour de publication

Région/pays

Publication de

Période

Consensus

Lundi

Zone euro

Confiance des consommateurs

Mar

-15

Mardi

Zone euro

Markit Manufacturing PMI (flash)

Mar

39,0

 

 

Markit Services PMI (flash)

Mar

38,1

 

États-Unis

Markit Manufacturing PMI (flash)

Mar

43,0

 

 

Markit Services PMI (flash)

Mar

42,0

Mercredi

États-Unis

Commandes de biens durables MoM

Fév

-0,7%

Vendredi

États-Unis

Revenu personnel MoM

Fév

0,4%

 

 

Dépenses personnelles MoM

Fév

0,2%

 

Luc Aben - Économiste en chef Van Lanschot