La recherche de repères se fait à tâtons

La recherche de repères se fait à tâtons

Blog
17 mars 2020
Notre économiste en chef Luc Aben analyse les conséquences de la pandémie pour l’économie et la politique d’investissement.

Que faudrait-il pour ramener le calme sur les marchés financiers ?

  1. Des mesures strictes et crédibles pour contrer la propagation du coronavirus.
  2. Une politique budgétaire de soutien accommodante.
  3. Une politique coordonnée des banques centrales pour continuer à faire tourner le système financier. Autrement dit : une large disponibilité de liquidités.

Nous allons tenter d'évaluer ce qu'il en est de ces trois points. Pour ensuite en tirer des conclusions quant à la politique d'investissement.

 

1. Mesures contre la propagation du virus

L'un après l'autre, les pays européens procèdent à un lock-down complet ou partiel. Les mesures radicales comme la fermeture des écoles, cafés, restaurants, etc., se généralisent. Les transports (aériens) s'immobilisent en grande partie, les frontières se ferment (partiellement). Bref, le sentiment d'urgence commence à s’imposer. Les nouvelles restrictions font l’objet d'un flux d'information quasi permanent. Y compris aux Etats-Unis où, au milieu de la semaine dernière, l'attitude désinvolte du président Trump avait encore attisé la nervosité sur les marchés financiers.

Il reste à voir si tout cela sera suffisant. Un fait marquant est en tout cas l’absence totale de coordination au niveau européen. Chaque pays décide pour lui-même. De manière hésitante dans un premier temps, avec une certaine confusion dans la communication, mais au final tous vont dans la même direction. Compte tenu du temps d'incubation du virus, nous saurons peut-être avec plus de clarté, d’ici sept à quatorze jours, si un temps précieux a ici été perdu.
 

2. Une politique budgétaire de soutien accommodante

Il va de soi que plus cette situation se prolonge, plus les dégâts économiques seront importants.

Dans de telles circonstances, les décideurs politiques n’ont qu'une seule mission : mettre en œuvre une politique budgétaire ciblée et accommodante. Fournir de l'oxygène pour traverser cette période difficile. À la fois pour soulager la détresse médicale – songeons à l’assistance aux Américains qui ne se font pas tester parce que c’est trop cher – et pour soutenir les entreprises et les consommateurs confrontés à une perte de revenus.

En ce sens, le fait que l'Allemagne, « faucon budgétaire », se montre prête à prendre toutes les mesures nécessaires, est encourageant. La Commission européenne a déjà indiqué qu’elle ferait preuve de souplesse avec les règles budgétaires européennes. Sans qu'il y ait cette fois, pour l’heure, d'objections de la part des pays d’ordinaire partisans d’une application plus stricte de la doctrine budgétaire (Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Danemark, ...). Même si les dettes publiques risquent de monter au-delà des niveaux atteints juste après la crise financière. Aujourd'hui, ces intentions devraient être concrétisées lors d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro.

Le Royaume-Uni a déjà approuvé un programme d’une valeur de 1,3% du PIB. Pour la zone euro, un effort similaire devrait déboucher sur un programme de plus de 160 milliards d'euros. Aux États-Unis, nous pensons que le Sénat approuvera dans les prochaines heures un vaste paquet financier. 


3. Banques centrales

Pour les banques centrales, la mission est similaire : aider à traverser la crise. La Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre ont déjà adopté un train de mesures la semaine dernière. Essentiellement, cela signifie que la banque centrale continuera à mettre des liquidités à la disposition du système bancaire. À leur tour, les banques peuvent réinjecter ces moyens dans l'économie réelle. La Banque d'Angleterre y a associé un abaissement de taux de 50 points de base.

La Fed américaine a déjà, dimanche soir, réduit son taux pratiquement à zéro, annoncé des injections massives de liquidités dans le système bancaire, et va de nouveau acheter massivement des obligations.

Ces actions prises par les banques centrales sont indispensables. Mais contrairement aux précédentes périodes de tension, 2008 par exemple, elles ne suffisent pas à ramener le calme sur les marchés. La source de toutes les turbulences ne réside pas, cette fois-ci, dans le système financier. Si bien que des remèdes uniquement monétaires ne suffisent pas. La politique monétaire doit jouer pleinement le rôle de « milieu de terrain distributeur » pour la politique budgétaire évoquée plus haut. Celle-ci est l’attaquant qui, au final, doit marquer.


Marchés financiers et politique d’investissement

Ces derniers jours, nous avons observé des mouvements de cours étonnants sur les marchés financiers. Des mouvements exceptionnels, même. Au milieu de cette agitation, on distingue une série de points d'ancrage pour notre politique :

  • Les investisseurs tentent de s'adapter à la nouvelle réalité : incertitude quant à l'évolution du virus, baisse de la croissance économique et des bénéfices des entreprises, etc.
  • Cette recherche de nouveaux repères s’effectue par tâtonnement. Si bien qu’entre-temps, les cours vont dans tous les sens.

  • Si les gouvernements imposent des mesures suffisantes pour endiguer le virus, le pic européen dans la propagation du virus pourrait se situer dans 3 à 5 semaines. Aux États-Unis, 1 à 2 semaines plus tard. Dans l’intervalle, les décideurs politiques et monétaires doivent agir comme nous l’avons évoqué.

  • L'activité économique pourrait alors revenir peu à peu à un niveau normal au troisième trimestre.
  • Ce ‘scénario le plus probable’ (selon nous, dans l’état actuel des choses) est traditionnellement anticipé par les marchés financiers. En l’occurrence, à partir du moment où la propagation du virus commencerait à faiblir.

  • Les marchés boursiers intègrent largement les mauvaises nouvelles dans les cours. Le ratio cours-bénéfice en Europe est inférieur à 11. En Asie, il oscille autour de 12. Aux États-Unis, la valorisation est un peu plus haute : environ 14. Ceci grâce, entre autres, au ‘rally’ de vendredi. 
    Mais en Europe et en Asie, le ratio cours-bénéfice est nettement inférieur à la moyenne à long terme, qui est de 15 à 16. Il faut cependant remarquer à cet égard qu’il règne actuellement une grande incertitude quant aux bénéfices sous-jacents des entreprises. Une fois encore, tout dépendra de la reprise économique au troisième trimestre, comme indiqué ci-dessus.

  • La nervosité peut encore persister assez longuement sur les marchés. Si bien qu'une certaine prudence est de mise. Malgré l'incertitude pour le court terme, il est crucial pour l'investisseur de continuer à se focaliser sur le long terme. Cela signifie entre autres ne pas prendre de décisions drastiques face aux brusques fluctuations des marchés. Ne pas opérer d’entrée ou de sortie radicale.

  • Suivez de près la bonne diversification de votre portefeuille. Cette diversification a été élaborée, à l’origine, dans l’optique d'objectifs à long terme. Si cette diversification est mise en péril par les vives fluctuations du marché, cela pourrait justifier une intervention. Mais faites-le progressivement, en procédant pas à pas.

    Sur la base de cette analyse, complétée par notre scénario économique attendu, nous avons à deux reprises, durant la semaine écoulée, racheté prudemment des actions dans des marchés baissiers. La dernière fois vendredi après-midi. Ceci avec une large répartition entre États-Unis, Europe et marchés émergents.

Il va sans dire que nous suivons la situation de près, avec une concertation permanente et en apportant les ajustements nécessaires à nos points de départ et/ou notre politique d'investissement.